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Pour la deuxième fois de l'année, un article un peu à part. La première fois, c'était pour vous montrer un clip Indochine que j'avais réalisé. A présent, c'est pour vous parler un petit peu, si cela vous intéresse, d'un projet sur lequel je travaille depuis quelques mois.

Il y a quelques mois, j'ai commencé la production d'un long métrage, nommé "Life", pour être mon premier vrai projet professionnel, après quelques courts métrages et clips musicaux.

Tourné avec plusieurs caméras haute définition (la Canon HV-40 et la Sony HVR-Z7E) pour une qualité optimale, le film est tourné en langue française et anglaise, en région Parisienne et sur Paris pour certaines scènes.

Le casting est majoritairement constitué d'habitués de mon cinéma. On retrouve dans divers rôles: Cindy Lecullier (la trilogie All Day Long, Forgotten, le clip On taf), Arnaud Varaine (Forgotten, The killer pants), Marie-Hélène Neves (All Day Long 3), Lionel Cassy (Kon Lanta et nous, Forgotten) et Frederick Razcka (clips Tic Tac et Princesse, Kon Lanta). Mais afin de donner plus d'ampleur au projet, quelques nouvelles têtes rejoignent le casting, dont la star américaine Sasha Grey, qui se démarque en jouant dans tout styles de films (plus de 200 films pour adultes, The Girlfriend Experience de Steven Soderbergh, le film d'horreur Canadien Smash Cut de Lee Demarbre) et en étant aussi modèle photo et musicienne dans son groupe, Atelecine. Elle tiendra l'un des rôles les plus importants du métrage.

La fin du tournage est prévue pour Décembre. En attendant, vous pourrez suivre l'évolution du film ici.

Le site internet sera bientôt en ligne.

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Saw 5
2008 - Etats Unis
Budget: 10 millions $
Box office: 56 millions $
Genre: Horreur
Réalisation: David Hackl
Musique: Charlie Clouser
Scénario: Patrick Melton et Marcus Dunstan
Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Scott Patterson, Betsy Russell et Lyriq Bent

Le détective Hoffman a décidé de continuer l'œuvre de Jigsaw et devra tout mettre en œuvre pour protéger son secret... en éliminant tous ceux sur le point de découvrir son lien avec le tueur au puzzle...

Ah mais oui, c’est… Mais bien sur ! Hein ? Ah… Saw 5. Non bah en fait, non, vraiment. Après un désastreux quatrième opus toujours signé Darren Lynn Bousman, et écrit par les scénaristes de la trilogie Feast, voilà que débarquait l’année dernière le cinquième opus. Grand changement, Bousman laisse enfin la place à un autre réalisateur, et c’est donc David Hackl qui s’occupe de mettre en boite ce nouvel opus. Voilà qui aurait pu apporter un peu de sang frais à une saga en chute libre. Mais finalement, on ne remarque pas la différence tant le produit qui nous est proposé est similaire à ce que l’on a déjà vu depuis 5 films. Quand au scénario, n’en parlons même pas… Enfin il va bien falloir tout de même. Jigsaw est toujours mort, depuis le troisième opus, mais on ne l’a jamais autant vu à l’écran depuis. Saw 5 commence là où s’arrêtait le quatrième opus, c’est à dire à la fin du troisième film. Vous suivez ? Non ? Ce n’est pas grave, de toute manière, le scénario en lui même va un peu dans tous les sens pour nous faire croire que tout était prévu depuis le début. Du coup, en plus de se compliquer, quelques incohérences tombent par ci par là. En quelques mots, c’est le bordel, mais qu’importe. Saw 5 tente de continuer dans la direction des précédents opus, tout en s’axant surtout sur de nouveaux éléments. Ainsi, les pièges seront, dans ce film, peu nombreux, et surtout, très peu vicieux ou sanglants. L’histoire est principalement coupée en deux parties. Nous suivons d’un côté l’agent du FBI Strahm, qui survit miraculeusement au début de cet opus, dans son enquête sur les meurtres de Jigsaw. Occasion pour les scénaristes de tenter à nouveau de tout relier, notre brave agent va revenir sur les lieux des crimes de tous les précédents opus. Des liens qui ne servent pas toujours à grand chose, mais cela semble leur faire tellement plaisir qu’on ne va pas les vexer.

D’un autre côté, nous retrouvons 5 personnes enfermés, qui vont devoir subir une série de tests. En gros, rien de bien neuf à l’horizon, la même intrigue avec quelques liens en plus que l’on retrouve à chaque opus. Mais ici, l’intrigue semble vouloir prendre un tournant plus policier que horreur, les pièges sont peu nombreux (environ 4) et ne tiennent que sur une infime partie du film. Le film garde pourtant sa structure narrative si chère à la saga, parfois confuse ici, avec une scène choc en ouverture et un twist final. Bien entendu, arrivé au cinquième film, la pilule a plus de mal à passer. Outre son manque d’inventivité, ce cinquième opus souffre finalement d’un manque de rythme total (on s’ennuie parfois pas mal, il faut l’avouer). Dans la forme par contre, ça ne change pas. La réalisation est toujours aussi speed et cut qu’auparavant, le fameux thème de Charlie Clouser revient une nouvelle fois en fin de métrage. Au niveau de la photographie, on retrouve également tout ce qui a fait le succès de la saga, mais beaucoup plus de scènes se déroulent dans l’obscurité totale, juste éclairées par une lampe torche. Petit détail technique qui ne change finalement pas grand chose, il faut bien avouer. Comme dit plus haut, Jigsaw est mort depuis maintenant deux opus, mais on ne finit pas d’en apprendre toujours plus sur lui. Malheureusement, à force de vouloir beaucoup trop en expliquer, le personnage perd de son ampleur, ce qui était déjà le cas dans l’épisode précédent. Dans Saw 4, nous apprenions pourquoi il est devenu ainsi (même si dans le second opus, on nous l’expliquait par une autre raison, mais soit). Nous savions à la fin du second opus qu’il avait une apprentie, nous apprenions à la fin du quatrième qu’il en avait un autre (mais il ne fallait pas le révéler avant…), ici, nous voyons sa formation de fond en comble.

Pas très palpitant finalement. Les scènes s’étendent en longueur de façon plus ou moins inutiles, et la saga continue de perdre de sa saveur. Le scénario cherche toujours à compliquer l’histoire, à mettre de nouvelles intrigues et personnages, et on peut facilement deviner l’histoire du sixième opus à l’avance (une boite mystérieuse que Jigsaw lègue à sa femme, la relève est assurée par un de ses apprentis et personne ne pourra se mettre sur son chemin). Au final, on se demande donc bien ce qu’il y a à sauver dans ce nouvel opus. Et bien finalement, nous ne retiendrons que deux choses, deux petites scènes au final très courtes, ce qui ne permet absolument pas de sauver le film et en fait le pire de la saga (quoi que, le 6 arrive, et le 7 sera en 3D…). Lors d’une courte scène, Jigsaw joue à un jeu avec le détective Hoffman, après l’avoir kidnappé. Cette scène, filmée très calmement d’ailleurs, est intéressante sur de nombreux points, notamment psychologique, et fonctionne d’elle même. Mais remise dans l’ensemble du métrage, elle ne fonctionne plus du tout, comme tout le reste du métrage. Pas mal de scènes peuvent fonctionner indépendamment, mais faisant parti d’un tout, ça ne marche pas. Le twist final, bien que vu et revu, est finalement bien mieux amené que celui de l’opus précédent, et s’avère finalement quelque peu jouissif. Mais attendre 1h30 avant d’avoir cela, sans pouvoir s’attacher aux personnages, l’intérêt reste mince. La saga continue sa chute libre, et la pente sera dure à remonter, si elle remonte un jour.

NOTE: 03/20

En bref : : Le plus mauvais des Saw avec le 2 et le 4, une histoire convenue, complexe pour rien du tout, une absence de gore et d’inventivité qui frappe.


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Saw 4
2007 - Etats Unis
Budget: 10 millions $
Box office: 63 millions $
Genre: Horreur
Réalisation: Darren Lynn Bousman
Musique: Charlie Clouser
Scénario: Patrick Melton et Marcus Dunstan
Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Scott Patterson, Betsy Russell et Lyriq Bent

Le Tueur au puzzle et sa protégée Amanda sont morts. Malgré tout, ils parviennent encore à semer la terreur en kidnappant Rigg, un officier des SWAT, et en l'introduisant de force dans un de leurs horribles jeux. Assisté de deux profilers du FBI, les agents Strahm et Perez, l'inspecteur Hoffman ne dispose que de 90 minutes pour surmonter les terribles épreuves du fameux Tueur et ainsi sauver son vieil ami d'une mort certaine.

Jigsaw est mort à la fin du troisième opus, mais la saga Saw est bien trop juteuse pour que cela arrête les producteurs. La fin du précédent était d’ailleurs assez ouverte et pouvait permettre une suite, arrivée il y a deux ans de cela (depuis, le sixième pointe le bout de son nez). Et cela risque de continuer, au rythme d’un  métrage par an. La qualité, elle, est aléatoire. Si le premier Saw était un bon petit film, qui posait son ambiance et nous dévoilait pour la première fois (fatalement) le personnage de John, Jigsaw donc, le second était bien plus simple et n’était finalement qu’un film commercial n’ayant pas grand chose de passionnant. Le troisième relevait le niveau, en allant beaucoup plus loin visuellement, mais également en rejoignant le scénario des trois opus. A la fin, Jigsaw perdait la vie, cela aurait pu permettre de boucler la saga sur une note positive, seulement voilà, Saw 4 est là. Comme toujours dans les suites, le nouvel opus doit aller bien plus loin que les précédents, nous présenter plus de sang, plus de gore, et une histoire toujours plus compliquée. Au niveau du gore, ne cherchez pas trop loin finalement, le trois ayant mit la barre assez haut, le 4 n’est pas du tout du même niveau. Au niveau de l’histoire, chapeau par contre, celle ci se veux si complexe, en voulant à la fois continuer de relier tous les événements et en nous dévoilant le passé de Jigsaw qu’elle en devient ridicule, peu plausible, et parfois confuse. Cela ne donne pas trop envie, mais on le sait, les sagas à rallonge deviennent rapidement inutiles et les suites de moins en moins bonnes. Saw 4 annonce le début du vrai déclin de la saga. Pourtant, tout n’est pas à jeter. L’équipe responsable des trois premiers opus reviennent. Darren Lynn Bousman reprend le poste de réalisateur pour la troisième fois consécutive, et nous offre une mise en scène toujours aussi clipesque, et donc, par moment, totalement inutile. Charlie Clouser revient signer la musique, et on aura comme souvent droit au fameux thème qui revient lors du twist de chaque opus. Mais, gros changement, là où les trois premiers étaient scénarisés par le créateur de la saga, Leigh Whannell, il cède ici la place à Patrick Melton et Marcus Dunstan. Les deux ne sont pourtant pas des inconnus, ils ont déjà à leur actif les scénarios de la trilogie Feast (rappelez vous, le premier est un petit bijou, tandis que les deux autres ne valent pas grand chose). Ici, ils reprennent la franchise, jusqu’à aujourd’hui (ils sont également les scénaristes de l’opus 5, 6 et déjà du 7).

Et on ne peut pas dire qu’ils ont fait du bon boulot, loin de là. Le film commence logiquement à la fin du troisième opus. Jigsaw est mort, et on le retrouve à la morgue, pour une scène d’autopsie assez gratuite et complaisante, mais où est le souci, dans un film d’horreur après tout ? C’est directement ensuite que les choses commencent à se gâter. Premier tic, lors de l’autopsie, le médecin légiste retrouve dans l’estomac de Jigsaw une casette, qui mènera bien entendu à un nouveau puzzle, un nouveau jeu. Pourquoi se caser la tête à lui faire avaler la bande ? (Oui, pour pouvoir avoir une scène d’autopsie en ouverture du métrage…) Pourquoi continuer à faire compliquer alors que le tueur est mort ? (Parce que les lois du box office sont claires…) Bref, Saw 4 débute ainsi, avant de nous emmener vers un jeu, comme dans chaque opus. Une scène d’ouverture choc avec un jeu machiavélique. Cette fois ci, le jeu est à deux, très vicieux, et la magie semble encore fonctionner. Peu sanglant certes, mais toujours aussi vicieux. Une bonne entrée en la matière, qui sera de suite désamorcée par la suite de l’aventure, où le scénario nous propose de retrouver des personnages des précédents opus dans une histoire allant un peu dans tous les sens, nous montrant toujours plusieurs histoires se déroulant en même temps (sans oublier que nous avons aussi droit à des flashback), mais dans l’ensemble, pas mal des différentes histoires ne fonctionnent absolument pas. Saw, le premier, avait marché car il était un film d’horreur intelligent, bien qu’il montrait très peu de chose, avec un twist final sympathique, depuis devenu une marque de fabrique. Les différentes histoires s’emboitaient parfaitement les unes dans les autres. Ici, c’est une autre histoire. Jigsaw a prit en chasse le commandant Rigg pour lui faire traverser une série d’épreuves qui le mèneront à un test final. D’autres agents sont après lui, sans compter que le FBI vient aider. Et à côté de ça, nous faisons la connaissance de l’ex femme de Jigsaw, ce qui permet d’en apprendre plus sur son passé à l’aide de nombreux flashback.

Son passé aurait pu être le point fort du métrage, mais au final, cela laisse indifférent, tant les situations sont banales et ne suffisent pas à transformer un homme en tueur. Du coup, on n’y croit pas un seul instant. Il manque un grand quelque chose, et si certains pièges font toujours mal et sont inventifs (celui avec les couteaux), on ne peut qu’être extrêmement déçu. On suit l’histoire, mais on s’ennuie un peu. Le style clipesque de la mise en scène n’aide pas vraiment à se sentir plus concerné par les personnages et ce qu’il se passe. Finalement, la partie du film fonctionne le mieux reste celle du commandant Rigg, suivant les indices laissés par Jigsaw, où il devra en quelque sorte penser comme lui pour franchir les épreuves, et faire ses choix. Choix de sauver certaines personnes et pas d’autres, choix d’un lieu, ou d’un autre. Le parcours est intéressant, mais encore une fois, cela ne fonctionne pas. Et l’enjeu non plus. Refaire revenir une troisième fois le policier Eric Matthews fait plus rire qu’autre chose. Il avait eu un sort cruel dans le second opus, on le croyait mort après ces péripéties dans le troisième opus, mais non, le revoilà, encore au milieu d’un jeu. Le plus fascinant dans tout ça, ou sans doute le plus stupide, est de voir que l’équipe y croit dur comme faire pour nous faire croire que Jigsaw avait encore une fois tout planifié, qu’il soit seul ou avec un complice. Même mort, tout était déjà prévu, un peu gros, rendant le scénario se voulant si complexe finalement vide. Le twist final tombe d’ailleurs à plat, ce qui est encore plus regrettable pour une saga misant à la fois sur le gore et son scénario. Ici, les deux sont plus ou moins ratés. Malheureusement, si vous voulez voir les suites, la vision de ce quatrième opus est obligatoire, mais un bon conseil, si vous préférez, arrêtez vous à la vision du troisième opus, en faisant une trilogie tenant plus ou moins debout. Surtout que le pire est à venir dans le cinquième opus, et qui sait, le sixième (ou septième).

NOTE: 05/20

En bref : : Il est mort, mais il est toujours là, les films continuent. Un quatrième opus mauvais simplement, auquel il est difficile d’y croire. Reste quelques pièges sadiques bien trouvés.


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The Informant!
2009 - Etats Unis
Genre: Comédie policière
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: Marvin Hamlisch
Scénario: Scott Z. Burns d'après le roman de Kurt Eichenwald
Avec Matt Damon, Scott Bakula, Joel McHale, Mélanie Lynskey et Thomas F. Wilson

Quelle mouche a donc piqué Mark Whitacre ? Pourquoi un des cadres supérieurs les plus brillants du géant agroalimentaire Archer Daniel Midlands (ADM) décide-t-il soudain de dénoncer les pratiques de sa société et de devenir le chevalier blanc du consommateur ? Se prend-il pour un justicier ? Un héros ? Espère-t-il une médaille ou la reconnaissance éternelle du bon peuple ? Avant d'obtenir tout cela, Whitacre va devoir fournir au FBI des preuves concrètes des manœuvres illicites d'ADM. Porter un micro, jouer les agents secrets... L'ennui, c'est qu'il a tiré lui-même des profits non négligeables des dites manœuvres, et que son témoignage, pour le moins... fluctuant, risque fort de compromettre le travail des enquêteurs. Peut-on se fier à cet homme à l'imagination galopante? Y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ses allégations ?

Tiré d’un roman à succès, The Informant est le nouveau film de Soderbergh, très productif, comme toujours (il enchaîne depuis 2006, alternant le bon avec The Good German, Bubble ou Girlfriend Experience, et le moins bon avec Ocean’s thirteen). The Informant est son deuxième métrage à sortir cette année au cinéma après le très réussi Girlfriend Experience, et Soderbergh en profite une nouvelle fois pour tourner son métrage rapidement, avec la caméra Red One. Une caméra numérique ayant une magnifique qualité d’image, très maniable et permettant de tourner vite et la plupart du temps en lumière naturelle. Et comme souvent, Soderbergh est son propre directeur de la photographie. Il s’entoure d’un casting plutôt réussi, avec Matt Damon, qui tourne pour la 5ème fois avec lui, et qui démontre qu’il peut jouer toute sorte de rôle, et Scott Bakula, acteur culte de la série Code Quantum, et dans Le Maître des Illusions de Clive Barker (on pourra aussi citer le sulfureux et peu réussi Color of Night). Toutes les cartes sont là pour nous offrir une comédie d’espionnage réussie, et pourtant, le film ne fonctionne qu’à moitié, que ce soit au niveau de son scénario, de ses enjeux, ou même de sa mise en image. Au niveau de l’interprétation, rien à redire, Matt Damon et Scott Bakula sont tous les deux parfaits, et le reste du casting n’est pas en reste, souvent très en retenue, on retiendra particulièrement le jeu de Joel McHale en coéquipier de Bakula, et de Mélanie Lynskey dans le rôle de la femme de Damon. The Informant nous propose donc de suivre les aventures de Mark Whitacre (Matt Damon), un cadre dans une société qui fonctionne bien. Bien payé, il aime son travail, a une femme et un enfant. La vie semble paisible pour lui. Jusqu’au jour où, sans crier gare, et sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi, il décide de collaborer avec le FBI pour dénoncer les magouilles de son entreprise.

Cette trame, relativement simple, n’a rien de vraiment passionnante. Ce qui rendra finalement le début du film plutôt ennuyeux, difficile d’accès. Il est dur de se sentir concerné et intéressé par cette histoire, ces personnages, et il est donc très difficile, durant la première demi-heure, de rentrer dans le film. Les personnages sont nombreux, la voix off comique de Matt Damon, n’ayant souvent rien à voir avec le film, ne fonctionne pas. La mise en scène de Soderbergh, comme toujours carrée et professionnelle, peine à donner au récit un rythme, et la photographie du métrage semble plus chaotique par moment comparé à ces précédents films. Les images sont lumineuses et les lumières que l’on aperçoit sont beaucoup plus denses que dans les précédents films du metteur en scène, tournés avec la même caméra. Le rendu est moins exceptionnel que sur le Che ou Girlfriend Experience. Sans doute un parti prit, qui n’arrange pas notre capital sympathie envers le film. Le début s’éparpille un peu dans les situations, les personnages, et passé la première demi-heure, alors qu’on ne s’y attendait plus vraiment, on parvient enfin à rentrer dans le film. Et The Informant se révèle, malgré certains choix, enfin intéressant, parfois amusant, sans nous faire rire, mais sourire, et cela suffit amplement. Certes, les meilleurs passages étaient dans la bande annonce, mais on se laisse néanmoins surprendre par le jeu de Matt Damon, qui avouons le, a le film sur ses épaules. La réalisation de Soderbergh, pourtant intéressante, ne convient pas spécialement au sujet du métrage, et on préfère se laisser guider par cet homme, à priori propre sur lui, qui mène un combat avec le FBI pour démasquer ce qu’il considère comme une injustice. Damon est excellent, et surprenant de scènes en scènes, et c’est là que l’on comprend le choix de Soderbergh de traiter de son film du point de vue de la comédie légère.

Les péripéties et surtout la psychologie de Mark Whitacre sont tellement confuses et surréalistes que l’on en vient à douter que tout cela puisse arriver. L’ensemble semble gros, et le réalisateur s’amuse à aller toujours plus loin et à nous faire douter de Mark jusque dans la scène finale, ce que Matt Damon retranscrit à merveille. En le voyant, aux premiers abords, on pense à un chic type, bien sur lui, et en fouillant, on se permet de douter de beaucoup de choses, et avec lui, on se demande vraiment où s’arrête la vérité et où commence le mensonge, tant chacun de ses gestes et chacune de ses paroles sont en contradictions avec les précédentes. Manipule-t-il le FBI pour arriver à ses fins ? Sait-il lui même dans quoi il s’engage ? Seul lui le sait, si bien que les autres personnages ont toujours un train de retard (comme le spectateur) et qu’ils ne savent quoi penser de lui. C’est à ce petit jeu que The Informant se révèle concluant, mais il aura fallut attendre une première partie pour accepter certains choix et rentrer dans l’histoire, et faire abstraction de ce qui nous dérange dans le métrage. A partir de cela, on peut apprécier le film pour ce qu’il est : un film mineur dans la filmographie de Soderbergh, un film mineur tout court, mais parfois agréable et amusant, bien qu’un peu long, valant le détour pour Matt Damon, et le personnage qu’il interprète, haut en couleur.

NOTE: 11/20

En bref : Une comédie légère pas inoubliable. On adhère, ou non.


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D-Day
2006 - Corée du Sud
Genre: Fantômes
Réalisation: Eun-Kyung Kim
Musique: -
Scénario: Il-Han Yoo
Avec Eun-Seong, Jin-Yong Heo, Joo-Ryeong Kim et Ri-Na Kim

Des adolescentes ayant échouées aux examens sont envoyées à l’académie Younghwa pour une année d’étude intensive. Elles seront complètement coupées du monde extérieur et de ses distractions. Pas de téléphone, pas de musique, pas de films, pas de lectures. Les étudiantes au tempérament difficile auront plus de difficultés à se plier aux exigences de l’académie. Parmi elles, Yoo-Jin qui s’adapte peu à cette atmosphère, commence à avoir des visions d'événements ayant eu lieux quelques années auparavant...

Les films de fantômes ont encore un brillant avenir devant eux. Le filon est épuisé, mais pourtant, les films continuent d’arriver, se démarquant peu des autres, et les spectateurs, même les plus lessivés, en redemandent toujours finalement. Je ne m’en cache pas, je fais moi même parti de cette catégorie, toujours curieux, et toujours à la recherche de nouveaux films du genre. D-Day, dans la forme, est un pur film de fantômes Coréen. Les Coréens nous auront dernièrement amenés quelques variations intéressantes sur le thème du film de fantôme, avec les 4 opus de Whispering Corridors (seul le second est arrivé en France, Memento Mori) ou encore le film Deux Sœurs. Certains restent dans les films classiques, mais s’en sortent à merveille, ce qui nous donne des films comme Phone ou Bunshinsaba. D-Day se situe plutôt dans la première catégorie, il cherche à faire différemment, si bien que la plupart du temps, on ne peut pas vraiment le considérer comme un film de fantôme, mais comme un drame, une critique violente du système d’étude en Corée. D’autres auront déjà tentés de passer sur ce thème, mais ici, l’ensemble fonctionne plutôt bien, grâce à un bon travail sur le scénario (même si la fin semble bien trop rapide) et sur l’ensemble de l’aspect technique du métrage, sans oublier l’interprétation. Toute l’équipe semble croire au film, et cela se ressent dés la scène d’ouverture. Scène d’ouverture au final bien représentative de la société actuelle. Nous sommes invités à pénétrer dans cet univers scolaire par le biais d’une vidéo d’introduction, sans doute diffusée à la télévision, et donnée aux parents voulant assurer un meilleur avenir à leurs enfants. Elèves souriants, vidéo ventant les mérites des cours, de la cantine, et de tout ce qui est nécessaire à la bonne conduite et éducation des enfants. Des douches propres, un programme sérieux et suivis, un repas équilibré, une salle de travail silencieuse. Bien entendu, la vérité est autre, et on va rapidement pouvoir s’en apercevoir.

Nous assistons à la rentrée des classes. Les élèves se changent pour porter l’uniforme dans la classe, tous leurs effets personnels sont saisis : livres, mp3, bijoux. Tout ce qui pourrait les distraire ou les différencier des autres. Les animaux sont interdits, il est interdit de fumer, le réveil a lieu tous les jours a 6h, suivis par 40 minutes d’aérobic, des cours jusqu’à 13h, suivis d’un repas, et à nouveau des cours jusqu’à 21h. Voilà la vie que ces lycéennes vont devoir vivre pendant un an, jusqu’au jour de leurs examens pour pouvoir ensuite entrer dans l’université de leurs choix. Le début sera dur, on s’en doute. Pour compléter le tout, les règles sont très strictes, il est interdit de rater un cours, l’échec n’est pas permis, aller aux toilettes pendant les heures de cours est vu comme un cas pouvant différencier une élève des autres et est puni, et le soir, les portes sont fermées à clé avec un cadenas. Plus une prison qu’une école, il faut réussir à s’adapter vite sous peine de craquer, d’échouer. Le rythme est dur et demande de l’adaptation et de la persévérance, et bien entendu, la concurrence entre les élèves est dure. Dans le métrage, nous nous attardons sur 4 élèves, qui sont dans la même chambre, des élèves totalement différentes. L’une prend pas mal de médicaments, l’autre est un peu rebelle, il y a la fille à lunettes, classique. Ensembles, malgré la course contre les bonnes notes, elles vont parfois s’unir pour parvenir mieux à leur fin, mais la jalousie sera toujours présente. Et les fantômes donc dans tout ça ? Peu présents, le film nous gratifie de quelques apparitions classiques, dans le miroir, dans l’ombre, mais pour une fois, les classiques effets stridents pour nous faire sursauter sont absents, et cela est appréciable. Quelques visions viendront également compléter le côté fantastique du film. Yoo-Jin supportera peu cet environnement, elle tentera de se dresser contre l’autorité de l’établissement, et en subira les conséquences. Douche froide, interrogations continues, reprise du cours d’aérobic depuis le début. Tous les moyens sont bons pour faire comprendre aux élèves qu’ils ne doivent pas enfreindre les règles. Si Yoo-Jin craque, les étranges visions qu’elle a ne vont pas l’aider. Les couloirs sont, la nuit, remplis de femmes aux cheveux longs, ou de cadavres déchiquetés. Des visions d’horreur qu’elle ne va pas supporter.

Rapidement, elle va mettre en parallèle ces visions avec les événements s’étant déroulés dans l’établissement 3 ans plus tôt. Un incendie aurait tué tous les occupants de l’école. Mais pourquoi voit-elle donc des corps déchiquetés si un incendie est la cause de la mort ? Cela ramène-t-il vraiment aux films de fantômes, où n’est-ce que des visions dues au stress et à l’inadaptation de ce climat de travail ? Ces éléments semblent tellement peu nombreux et espacés que l’on se permet d’en douter, surtout que bien souvent, le film préfère revenir à son sujet principal : les étudiantes et ce qu’elles endurent pour y arriver. Dépressions, mutilations, agressions. Rien ne nous est épargné, et la critique de ce milieu se fait vraiment pertinente. Et ce jusqu’à son final, plutôt rapide certes, très sanglant, mais restant finalement plutôt dans la continuité du drame que du film fantastique, auquel le film est pourtant relié. En dehors de son aspect critique, le film se veux plutôt simple, va directement à l’essentiel, et c’est cela qui le rend intéressant, et surtout agréable. La mise en scène est plutôt réussie, et les acteurs sont tous convainquant dans leur rôle. Contrairement à beaucoup d’autres films du genre, la musique se fait plutôt discrète, mais n’empêche pas la tension de monter, mais la peur, elle, est absente. Ce qui n’empêche pas d’apprécier le film pour sa juste valeur.

NOTE: 13/20

En bref : Différent, le côté fantastique est très en arrière plan pour mieux parler des conditions scolaires. Cela rend le film plus appréciable au final, le drame est pertinent.


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Vampyres
1974 - Angleterre
Genre: Erotique - Vampires
Réalisation: José Ramon Larraz
Musique: James Clarke
Scénario: D. Daubeney
Avec Marianne Morris, Anulka, Murray Brown, Brian Deacon et Sally Faulkner

Fran et Myriam vivent dans un immense château. La journée, elles passent leur temps sur le bord de la route pour attirer des hommes chez elles. Après quelques verres de vins, place au sexe, et à bien plus.

Film d’exploitation du milieu des années 70 mélangeant allégrement érotisme et horreur, Vampyres, revu aujourd’hui, n’est plus ce qu’il pouvait être à l’époque. Forcément, 35 ans après, l’impact n’est plus le même. Autant la partie érotique que la partie horreur ne fonctionnent plus pleinement. Pourtant, Vampyres reste encore un film intéressant sur plusieurs points, mais dont les faiblesses ressortent encore plus. La scène d’ouverture nous met directement dans le bain et ne nous ment pas sur le produit que nous allons voir, et que nous voulons voir. Fran et Myriam sont allongées sur un lit, nues, elles s’embrassent, jusqu’à ce qu’un homme débarque dans la pièce, armé d’un pistolet, et tire jusqu’à vider son chargeur et ce que les deux femmes soient morte. Générique agrémenté de quelques images du château et de quelques plans sur des chauves-souris volant dans la nuit. Nous savons ce que le film contient, c’est ce que nous cherchions, nous n’allions donc pas être déçu. L’histoire reprend sans doute quelques temps après, alors qu’un couple de campeur s’installe à côté du château, et qu’un homme, Ted, arrive dans un hôtel non loin de là. Fran et Myriam, toujours vivante, errent sur les routes autour du château, pour attirer des hommes dans leur demeure, pour la nuit. Ted va bien entendu croiser assez tôt le chemin de Fran, et se laisser tenter par cette jeune femme l’attirant. En parallèle, nous suivons donc également ce couple de campeurs, dont la femme va être assez effrayée par ces jeunes femmes ramenant tous les jours des hommes chez elle. L’homme lui, préférera ne rien voir, fermer les yeux, et ne pas s’en préoccuper. Au final, ce couple de campeurs n’ajoute rien au récit, et ralentit même le rythme déjà lent de l’action.

Car soyons clair, l’histoire entière du métrage tient en une ligne, et le film n’a finalement pas grand chose à raconter, les scènes se suivent et parfois se ressemblent, alignant scènes de sexe et scènes de violence. Ceci dit, la violence mettra un certain temps avant d’arriver, nous faisant parfois douter du genre auquel appartient le métrage. Ted, joué par Murray Brown, ne sera pas des plus convainquant, et sera amené dans la demeure par Fran, qui aussitôt après quelques coupes de vin, lui sautera dessus. Les scènes érotiques, que ce soit entre Fran et Ted, ou entre Fran et Myriam, sont mise en boite avec beaucoup de sensualité, les plans sont beaux, comme les corps des jeunes femmes, mais cela reste au final bien gentillet, et surtout vite répétitif. Comme dit plus haut, le côté horrifique de l’œuvre mettra assez de temps avant de se dévoiler. Ceci dit, cette première partie se laisse tout de même regarder avec un certain plaisir, grâce aux efforts de la mise en scène, parvenant à créer une ambiance particulière et bienvenue, mais également grâce à la musique. Si le scénario laisse bel et bien entrevoir que le film a été tourné en trois semaines pour un budget ridicule (répétitivité de certaines actions, pratiquement un seul lieu et une route), la mise en scène et l’aspect technique du film n’en souffre pas. Mais ajoutons à ce scénario un peu léger un rythme assez lent qui ne plaira pas à tout le monde, ainsi que des dialogues parfois limites. Heureusement, les deux actrices semblent à l’aise pour jouer la comédie, mais également pour se dénuder totalement.

Mais dans tout ça, et les scènes de violence ? Et les vampires ? Même si ces deux éléments mettent du temps à arriver, c’est de là que viendra la vraie surprise du métrage. S’il s’agît bien de vampires, Fran et Myriam n’ont rien à voir avec les vampires que l’on connaît ou que l’on avait l’habitude de voir au cinéma à cette époque. Bien que pourtant des tenues classes et de longues capes noires, Fran et Myriam sont des vampires différents. Elles marchent à la lumière du jour, et n’ont pas de canines. Comment se nourrir de sang frais dans ce cas là ? La vraie grosse surprise du métrage est bien là, les deux jeunes femmes, pour se nourrir de sang, vont devoir saigner leur repas, leur faire des entailles afin de faire couler le sang et de pouvoir s’en abreuver. Ces scènes, bien que nous avons vu bien pire depuis (ou bien mieux, c’est selon), sont les meilleurs moments du métrage, ils arrivent souvent sans que l’on s’y attende vraiment et restent assez poignants. Dommage que le scénario ne soit pas aussi fouillé qu’il aurait pu l’être et soit parfois si répétitif, et que le début comme la fin restent aussi floues. Si la réalisation est honnête, on ne pourra s’empêcher de sourire en voyant une bougie parvenir à éclairer à la perfection une cave entière, mais ce genre de détails ne gâche pas la vision du métrage, qui reste tout de même agréable à regarder pour son ambiance, la plastique des deux actrices, et ses débordements sanglants.

NOTE: 10/20

En bref : Un peu trop lent, inégal, Vampyres reste une œuvre étrange à découvrir. Une variation du thème du vampire érotique et parfois bien saignante.


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Ravaged house: Zoroku's disease
Titre original: Tadareta Ie: Zoroku no Kibyo
2004 - Japon
Genre: Horreur
Réalisation: Kazuyoshi Kumakiri
Musique: -
Scénario: d'après le manga de Hideshi Hino
Avec Marie Kawaguchi et Satoshi Morishita

Zoroku vit avec ses parents et sa petite sœur dans un petit village. Tout va bien pour eux, jusqu’au jour où Zoroku est frappé par une étrange maladie : son corps se décompose. Toute la famille ne sait comment réagir : le père l’ignore, la mère est confuse, tandis que sa sœur cherche à la protéger par tous les moyens.

Voilà enfin le dernier des films issus de l’anthologie Theater of horror, imaginé d’après les mangas de Hideshi Hino. Des films jusque là très variés, entre le gore et amusant Boy from Hell, le très chiant Death Train, le sympathique Doll Cemetary et les très bons Dead Girl Walking et Lizard Baby. Ravaged House se situe entre le sympathique et le décevant, alors qu’il avait toutes les cartes en main pour être dans la lignée des meilleurs films de cette anthologie. Mais quelque chose ne fonctionne pas. Nous y suivons une famille tout ce qu’il y a de plus banale. Le père, la mère, et les deux enfants. Zoroku, de vue environ 18 ans, et sa sœur un peu plus jeune. Ils vivent dans un tout petit village, mais on ne saura pas grand chose de celui ci, les seules choses que l’on apprendra sur les autres membres du village sont minimes, et on n’apercevra que très peu d’autres personnes, à l’exception d’un jeune homme craquant pour la sœur de Zoroku, et de son père, le Maire. Ici, c’est bien le drame familial qui intéresse le réalisateur adaptant l’histoire de Hino. Très rapidement après nous avoir présentés les différents membres de cette famille, le drame se produit, Zoroku, sans explications, est touché par une maladie. Il perd tout d’abord une dent, puis son corps commence littéralement à pourrir. Mais pour qui s’attend à une déferlante d’effets gore, ce ne sera pas le cas. Zoroku sera rapidement caché sous une sorte de cape, et son corps recouvert de bandages. Car encore une fois, ce n’est pas vraiment ce qui intéresse le réalisateur. Parfois, en montrer peu est bien suffisant, et cela fonctionne en effet parfaitement ici. Ce qui intéresse vraiment le metteur en scène, c’est la façon dont les différents membres de la famille et leur entourage vont réagir face à cette situation anormale.

Le père, lui, restera très distant. Il sera incapable de regarder son fils en face. Lors des très nombreuses scènes de repas, alors que son fils malade est juste dans la pièce d’à côté, la porte ouverte, il lui tournera le dos à chaque fois. Le silence se fera total, une gêne s’installe et ne s’estompera pas. Le père sera carrément malade par la situation. La mère sera plutôt confuse, la mère protège son enfant, mais ne supporte pas la situation. Ses réactions seront moins extrêmes que celles de son mari, ce qui apportera d’ailleurs quelques conflits, le père décidant que pour éviter de faire souffrir son fils, il vaudrait mieux abréger ces souffrances. Zoroku sera tout à fait passif face à toutes ces embrouilles, face à ce dégout qu’il provoque chez les autres. Il souffre, mais ne l’exprime pas, arrivant à peine à marcher, à articuler quelques mots. Si cela aurait pu être très intéressant à développer, le film ne se fixe justement par sur lui et son sort, et on a donc du mal à s’attacher à ce personnage, à avoir de la pitié pour lui ou du dégout comme les autres personnages. Au final, le gros point fort et le personnage le plus développé sera la sœur de Zoroku. Très proche de lui avant l’incident, elle continuera de l’être après. S’occupant sans arrêt de lui, l’aidant à marcher, lui parlant, elle s’opposera plusieurs fois à son père quand au sort de son frère, avec une violence parfois surprenante. Sa relation avec Zoroku, ses parents, ou même les personnes extérieures sont des plus intéressantes.

En ce sens, la scène où le maire et son fils viendront rendre visite à la famille pour confirmer les rumeurs circulant reste la meilleure scène, tant l’on voit vraiment ce dont chacun est capable dans ce genre de situations. Pour les habitants du village, c’est un mélange de dégout, de peur et de moqueries. Zoroku est différent des autres, il ressemble à un monstre, donc ils le craignent, mais en même temps cela les amuse, Zoroku est faible et vulnérable. Le ressenti du père lors de cette scène est d’ailleurs assez étrange, on ne sait pas vraiment ce qu’il éprouve pour son fils, ou si la situation le dérange surtout vis à vis de lui, de la façon dont les autres habitants vont le traiter lui et sa famille après cette découverte. Seule la sœur restera toujours fidèle à ses convictions et à l’amour qu’elle dédie à son frère. Avec tout cela, surtout que la réalisation est assez réussie pour un tournage en vidéo, vous vous demandez ce qui ne colle pas forcément dans le métrage. Et bien, au final, sans doute le ton trop sérieux et le manque de développement des personnages autre que la sœur et le père sur une durée d’1h03 finie par déranger, en ce qui me concerne en tout cas. La lenteur de l’action n’aurait pas dû déranger, mais au final, vu le point faible expliqué juste ci dessus, le temps peut parfois sembler long, voir très long. Le final, bien que réussi, était finalement bien prévisible. Ravaged House n’en reste pas moins intéressant, mais il ne faut pas s’attendre à un film sanglant et visuel, mais plutôt au développement d’un personnage, qui n’est pas celui que l’on attend forcément.

NOTE: 07/20

En bref : Des choix intéressants, mais trop de choses laissées en arrière plan qui affaiblissent le rythme. La sœur du Zoroku est un personnage passionnant, les autres sont creux ou sous développés. Reste quelques grandes scènes.


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Smash Cut
2009 - Canada
Genre: Comédie gore - Tueur fou
Réalisation: Lee Demarbre
Musique: Michael Dubue
Scénario: Ian Driscoll
Avec David Hess, Sasha Grey, Jesse Buck, Michael Berryman et Hershell Gordon Lewis

Abble Whitman est un réalisateur de films d’horreur à petits budgets. Son dernier film, Terror Toy, n’est pas des plus apprécié, par le public, par la critique. Il se fait descendre de tous les côtés. Tourner coute beaucoup d’argent, et les effets de son film semblent dépasser. C’est après un accident de voiture que lui vient l’idée d’utiliser les membres de son équipe technique comme accessoires de tournage. Poursuivi par un détective privé engagé par sa nouvelle actrice, April Carson, les meurtres se multiplient.

Tout juste sorti en Angleterre en DVD, Smash Cut est un hommage Canadien au cinéma de Hershell Gordon Lewis, qui rappelons le, est le créateur du genre gore dans le monde du cinéma, avec Blood Feast et 2000 maniacs. Des films qui ont certes maintenant pris un grand coup de vieux, mais qui restent importants. Lee Demarbre n’en est pas à son premier film, et pour Smash Cut, il s’offre des têtes d’affiches et des seconds rôles intéressants. Dans le rôle du réalisateur qui péte un câble, nous retrouvons David Hess, bien connu pour son rôle dans La dernière maison sur la gauche de Wes Craven (et accessoirement en quelque sorte sa version italienne, La dernière maison au fond du parc de Ruggero Deodato). Dans le rôle du producteur, nous avons Michael Berryman, qui jouait Pluto dans La Colline a des Yeux, du même Wes Craven dans les années 70 également. Et dans le rôle d’April Carson, nous retrouvons Sasha Grey, quelques mois après la sortie du film de Soderbergh, The Girlfriend Experience. Sans oublier dans un petit rôle la présence de Hershell Gordon Lewis en personne. Tout ce bon casting va s’en donner à cœur joie, car si Smash Cut parle de cinéma d’horreur, il va parfois tellement loin que pour l’apprécier, mieux vaut le voir comme une comédie gore. Le début donne le ton d’ailleurs. La mise en abyme est totale, nous sommes dans un cinéma et assistons à la projection de Terror Toy, projection à laquelle assiste Abble (David Hess donc), maquillé pour l’occasion. Le film projeté ne laissera pas le public indifférent : critiques, personnes qui quittent la salle, le film tout comme son réalisateur se font huer. Abble a besoin de nouvelles idées, de nouveaux moyens, de plus de réalisme. La solution à tous ces soucis va arriver par accident, alors qu’il raccompagne une danseuse en voiture. Un malheureux accident et la jeune femme va perdre la vie, et Abble va cacher le corps. Le désespoir du personnage est plutôt bien retranscrit en début de métrage, tout lui tombe dessus en même temps, et il ne sait absolument pas comment gérer la situation. Il se fait descendre, les effets de son nouveau film sont ratés, et un cadavre lui tombe dessus.

C’est là que fatalement, l’idée de génie (de fou) va lui arriver. Si ses effets sont ratés, s’il se fait descendre pour cela, il a avec lui, dans le coffre de sa voiture, un vrai cadavre. Pourquoi ne pas l’utiliser ? Abble va chuter dans la démence totale très rapidement. Il lui suffira de tuer pour utiliser des cadavres et divers membres humains pour rendre son film réaliste. La réaction des producteurs à la vue des rushes du métrage vont le pousser à aller encore plus loin, réécrivant le script, tuant un peu tout le monde sur son plateau. L’équipe technique du métrage va alors réduire, au fur et à mesure qu’il tuera producteurs, scénariste, créateur des effets visuels. Abble se donne corps et âme à la tâche, pour le résultat final, pour l’art, avec un grand A. Même une journaliste critiquant ses films va y passer. Au fur et à mesure de son carnage, ne se déroulant jamais sans une petite note d’humour ou des dialogues bien sentis, le scénario de son film sera réécrit en fonction des gens qu’il doit (veux) tuer et des membres ou organes qu’il récupère. David Hess est absolument parfait dans son rôle, qui reste le plus développé et le plus intéressant du métrage. Passé cela, d’autres personnages importants interviendront, mais resteront tout de même assez à l’écart. April Carson débarque en milieu de métrage, jouée par la charismatique Sasha Grey. Ici à la recherche de sa sœur (la première victime, par accident), elle engage un détective privé (un brin ridicule certes, et trouvant assez rapidement la solution). Le problème de ces personnages secondaires, c’est qu’ils ne sont pas assez exploités et restent au final très classiques. La vedette du métrage, c’est bel et bien David Hess et sa démence, ce qui n’empêche aucunement les autres acteurs de très bien jouer. On retiendra d’ailleurs surtout Michael Berryman en producteur, notamment sa scène avec David Hess en salle de montage, où ils passent en un clin d’œil à « notre boss a été retrouvé mort » à « ça peut faire de la pub pour le film », et Sasha Grey, amusante dans son rôle d’investigatrice infiltrée sur le tournage du film, et devenant la nouvelle muse de Abble.

Les différents passages entre Abble et April seront d’ailleurs de la pure comédie, et les deux acteurs s’en donnent à cœur joie. Entre deux carnages parfois assez inventifs (harpon, cutter, clapet de cinéma, valise), Abble n’oublie pas de réaliser son film, et va rapporter à sa nouvelle actrice, April, pas mal d’accessoires : tête coupée, mains coupées (ironiquement, les mains du scénariste), des yeux (celui du caméraman). Les voir s’amuser et débattre sur ces « vrais » faux accessoires est un petit moment de plaisir. Malheureusement, outre la folie du personnage, des situations, les meurtres, la bonne humeur générale et le charisme des différents acteurs, on aurait apprécié que certains points et personnages soient un peu plus développés. Cela n’enlève rien au plaisir que procure Smash Cut, un plaisir simple, parfois enfantin, bien sanglant, et une mise en abyme intéressante sur l’art de mettre en scène un film, de s’investir moralement et physiquement, comme le font certains réalisateurs. Smash Cut parodie tout cela à l’extrême, et c’est bien là son gros point fort. Une comédie dont aucune date n’est encore prévue pour la France malheureusement.

NOTE: 14/20

En bref : Une comédie gore bien délirante où David Hess explose à l’écran. Dommage que certains personnages soient peu intéressants (le détective) et d’autres pas assez exploités (April Carson).


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Dead Girl Walking
Titre original: Kaiki! Shinin shôjo
2004 - Japon
Genre: Horreur
Réalisation: Kôji Shiraishi
Musique: D.R.A
Scénario: Naoyuki Yokota et Kôji Shiraishi d'après le manga de Hideshi Hino
Avec Ayaka Maeda, Katsumi Nagashio et Yoshiyuki Morishita

Sayuri est déclarée morte par son docteur, mais son corps continue de bouger, elle continue de penser, de ressentir des émotions. Mais son corps commence à pourrir, et la situation effraie sa famille, qui va tenter par tous les moyens de se débarrasser d’elle.

Dead Girl Walking est un autre film imaginé par Hideshi Hino, célèbre mangaka. Nous avions déjà critiqué sur ce site la plupart des autres métrages tirés de cette, tels Doll Cemetary ou encore Boy From Hell. Des films en général très plaisant, relativement bien mis en scène, et souvent accès sur le fun. Lizard Baby sortait quelque peu du lot, en proposant un film plus sérieux et des thèmes qui font réfléchir. Dead Girl Walking se rapprochera plus de ce dernier que des autres, même si certains moments pourront faire rire. Comme l’indique le titre, il s’agît donc ici d’une fille, morte, mais qui continue de marcher, et donc de vivre. Si beaucoup de films nous ont montrés que la vie était une dure épreuve à surmonter parfois, le métrage, durant 40 minutes, nous montre que la mort peut parfois être tout aussi difficile. Sayuri est une jeune lycéenne. Sa vie est banale, elle vit avec son père, sa mère, et sa petite sœur dans un appartement, sans doute en banlieue. Elle s’occupe d’une fleur dans sa chambre, et c’est là un des premiers points intéressants du métrage. La fleur éclot, tient quelques jours, puis fane et meurt. La métaphore avec l’homme, qui nait, vit puis meurt, et finalement, dans la mort, se décompose, est flagrante, et intéressante dans ce film. Sayuri vit dans un monde coloré, mais quelques instants après le début du métrage, son cœur s’arrête, sans raison apparente, et c’est la fin. Le film passe en noir et blanc. Sayuri est morte physiquement, mais continue de bouger, de vivre, de parler. Le monde qui l’entoure est gris, dangereux, antipathique. Sa condition effraie sa famille autant qu’elle. Après tout, que pourrait-il bien arriver de pire à quelqu’un ?

Voilà donc le funeste point de départ de cette histoire, qui au final, si elle n’est pas la plus palpitante de cette anthologie, en reste une des plus réfléchies et poignantes avec Lizard Baby. Sayuri va devenir, au fur et à mesure de l’avancement de l’histoire, une fille provoquant la crainte, puis la peur, le dégoût, et parfois, l’amusement. Continuant de vivre chez elle, auprès de ses parents, ceux ci font le choix de l’ignorer totalement, de continuer leur vie, mais cela n’empêche pas le malaise de s’installer entre les différents membres. Repas de famille totalement silencieux, Sayuri entre dans la pièce, et c’est tout la famille qui l’a quitte. La solitude s’installe pour Sayuri, mais ce n’est pas tout, puisque cliniquement morte, son corps va commencer à pourrir, et la peur s’empare d’elle, peur qui sera amplifiée par ses parents, qui, ne supportant pas la situation, décident d’y mettre un terme, de manière radicale. Par le meurtre. Mais peut-on tuer ce qui est déjà cliniquement mort ? Les parents vont redoubler d’efforts, ne comprenant pas ce que peux endurer leur fille, décidemment vraiment seule. Ce fardeau se porte seul, et Sayuri va quitter la maison familiale et errer, faire différentes rencontres. Les gens vont la craindre, autant ceux qui la connaissent que les autres. Sayuri est morte, comme nous le rappelle souvent les indications venant s’inscrire sur fond noir entre plusieurs scènes, son état se dégrade, elle fait peur aux autres, qui la rejettent. Forcée de fuir d’un endroit à l’autre, Sayuri ne peut compter sur personne, si ce n’est elle même.

Dans un beau noir et blanc renforçant l’amertume et la peur du monde qui l’entoure, Dead Girl Walking remettra lors de son final le parallèle entre le corps humain, et ici en particulier celui de Sayuri, et la fleur du début, que l’on reverra à de maintes reprises. Aucune explication rationnelle ne viendra expliquer le fin mot de l’histoire, mais il vaut mieux ne pas savoir au risque d’être déçu parfois. Toujours est-il qu’un fossé douloureux pour l’héroïne sépare le début (la vie) de la fin du métrage (la fleur fanée). Un parcours de moquerie, de peur. Une scène, poignante, nous raménera à tous ces films de gentils monstres, différents des hommes, qui en profitent pour se moquer d’eux, en les montrant sur scène, en les faisant passer pour des monstres sans cœur, ce qu’ils possèdent pourtant. Malheureusement, la courte durée du métrage, qui était une des qualités dans les autres films de la collection, se retrouve être un frein pour le développement des situations et des personnages. Le tout va vite, trop vite parfois, et du coup certaines situations semblent précipitées. On pensera notamment à cette scène entre les parents et Sayuri dans un immeuble désaffecté, où de plus, l’usage d’effets numériques bas de gamme retire la crédibilité de la scène, et c’est bien dommage, surtout que jusque là, les différents effets de maquillages étaient réussis, et le film ne cherchait jamais à en faire trop, en ne montrant que ce qui était nécessaire. Heureusement, la scène finale rattrape quelque peu ses petits défauts et permet d’achever la courte vision du film sur une note positive. Au passage, on reconnaîtra musicalement la patte de D.R.A, qui avait déjà composé une belle musique d’ambiance sur le film Ju-Rei.

NOTE: 14/20

En bref : Finalement un peu trop court, Dead Girl Walking n’en reste pas moins intéressant dans ses thèmes et visuellement, un petit film plus sérieux que la plupart des autres de l’anthologie.


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Bubble
2005 - Etats Unis
Sortie française le 10 Mai 2006
Budget: 1,6 million $
Genre: Drame
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: Robert Pollard
Scénario: Coleman Hough
Avec Debbie Doebereiner, Dustin Ashley, Misty Wilkins et Omar Cowan

Dans une petite ville perdue du Midwest, Martha et Kyle travaillent pour l'une des rares usines encore en activité. Malgré leur différence d'âge, leur solitude les a rapprochés et le jeune homme et celle qui pourrait être sa mère sont devenus amis. L'arrivée de Rose, une jeune mère célibataire, va tout remettre en cause. Entre les deux jeunes gens, des liens se nouent naturellement, ce qui n'est pas du goût de Martha.

Bubble est un exercice de style, un film loin d’être bête et ennuyeux comme certains ont pu le dire. Un film étrange, fait en dehors des studios Hollywoodiens, avec uniquement des acteurs amateurs, les lieux de tournage étant en général leurs vraies maisons, et la plupart des dialogues ont étés improvisés. Bubble pourrait traiter de deux sujets principaux, auxquels viendraient s’ajouter d’autres thèmes au fur et à mesure. Un sujet un peu casse gueule, ainsi que la façon de faire, d’autant plus que lors de sa sortie, le film fit un petit scandale dû à sa distribution simultanée au cinéma, en DVD et en VOD. L’homme derrière ce projet : Steven Soderbergh, à la fois présent comme réalisateur, mais également monteur et directeur de la photo sous des pseudonymes qu’il utilise régulièrement, même pour des blockbusters.  Juste après l’amusant Ocean’s twelve, Soderbergh se lance donc dans Bubble, un film beaucoup moins amusant dans ses thèmes et son histoire. Nous allons découvrir la vie de trois différents personnages. Il y a d’abord Martha, rousse, la quarantaine, vivant avec son père, s’occupant de lui. Elle travaille dans une usine produisant des poupées, la seule de la région, avec Kyle, un homme beaucoup plus jeune, vivant encore chez sa mère. Ils vivent au milieu de nulle part, dans un trou paumé. Pour survivre, Kyle enchaîne le soir sur un deuxième travail. Jour après jour, c’est la même routine qui s’installe pour eux. Une vie où ils ne s’amusent pas, une vie simple et morne. Soderbergh dresse là un portait peu glorieux de l’Amérique, où il faut travailler dur pour espérer s’en sortir. Rapidement, la vie de ses personnages va quelque peu changer avec l’arrivée de Rose. Jeune femme mignonne venant d’arriver dans l’usine, elle aussi ayant un deuxième travail, et mère d’une petite fille de deux ans. Au final, malgré cette charge de travail, les personnages n’évoluent pas, ils restent figés dans l’instant présent, espérant un avenir meilleur qui ne viendra pas.

En ce sens, le parallèle avec ses poupées vides, lisses, assemblées, est très rapidement fait. Les personnages leur ressemblent. Bien plus tard dans l’histoire, qui peu être découpées en deux parties, le parallèle est encore plus grand. Dans sa première partie, durant bien quarante minutes, le réalisateur filme calmement, sans se précipiter, le quotidien plus que banal des différents personnages. Ils se lèvent, s’occupent de leur famille, puis vont travailler, avant de se retrouver pendant la pause repas. Martha et Kyle semblent très proches. Martha est toujours présente pour lui rendre service, pour discuter avec lui après ou pendant le travail. Dans ce petit bled où il n’y a rien d’autres, ils semblent compter l’une sur l’autre. Dans ce contexte banal qui pourrait arriver à tout le monde (peut être est-ce là la raison pour laquelle Soderbergh n’a engagé que des non-professionnels pour jouer dans son film), la vie de Martha et Kyle va être chamboulée par l’arrivée de Rose. Immédiatement, Kyle et Rose vont se rapprocher, et Martha va être quelque peu exclue de ce cercle, sauf lorsqu’il faudra rendre service. Dans un style très sobre, Soderbergh développe ses personnages, la situation, et le comportement humain. Dans un sens, plus son histoire évoluera, plus on pensera par certains aspects au cinéma de Lynch, en particulier à Twin Peaks. Et l’usine à fabrication de poupées en sera la plus belle métaphore. Ces poupées ont beaux avoir une belle apparence, un sourire, être lisses, parfois comme les humains, on ne sait jamais ce qui se cache en dessous. Pour ces poupées, c’est la manière dont elles sont fabriquées qui trahissent la beauté finale. Pour nous, un homme aura beau sembler parfait sous tous les angles, on ne sait pas ce que peu abriter son esprit et ce qui se cache sous la surface des choses.

Comme nous le savons tous de par l’histoire, un meurtre va être commis, et Soderbergh, volontairement, ne nous montrera pas le meurtre. La seconde partie du métrage se déroule donc à la manière d’une enquête policière, qui sera finalement assez facile à résoudre, mais là n’est pas l’intérêt justement. L’intérêt réside dans la psychologie des personnages, les faux semblants, comment une petite faille ou un sentiment peut prendre l’emprise sur la situation et tout faire dégénérer, et comment l’esprit humain accepte tout cela. C’est de là que pourra venir le malaise à la vision du métrage pour qui arrive à rentrer dedans, pour qui acceptera son rythme volontairement lent. Et c’est de là également que la comparaison avec Twin Peaks devient encore plus inévitable, notamment dans le final. Encore une fois, on pourra applaudir face aux qualités du métrage, qualité visuelle déjà, qui parvient à nous émouvoir sans avoir recours à des effets de styles ou des artifices. Un film indépendant, intimiste, filmé avec peu de moyens avec une petite caméra. Un film au scénario simple mais travaillé, efficace. Si Soderbergh continue de faire des gros budgets, aucun doute que c’est pour se permettre ensuite des petits films comme Bubble ensuite.

NOTE: 16/20

En bref : Entre le drame et l’enquête policière, Bubble est avant tout la peinture de trois personnages qui s’ennuient dans une petite ville, une peinture de l’horreur qui peut se cacher sous la surface des choses.


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Inglourious Basterds
2009 - Etats Unis / France / Allemagne
Sortie française le 19 Août 2009
Budget: 70 millions $
Genre: Guerre
Réalisation: Quentin Tarantino
Musique: Divers
Scénario: Quentin Tarantino
Avec Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Eli Roth et Diane Kruger

Premières années de l'occupation allemande en France. Shosanna réchappe de peu au massacre de sa famille. Quatre ans plus tard, à Paris, elle tient une salle de cinéma sous une nouvelle identité. Ailleurs, en Europe, le Lieutenant Aldo Raine rassemble huit soldats pour terroriser et tuer du nazi. Grâce à l'aide de l'actrice Bridget von Hammersmarck, ils vont tenter de mener à bien une mission dangereuse à l'intérieur du cinéma de Shosanna, préparant elle-même un plan d'exécution. Les destins vont se croiser, par le feu et les armes.

Le voilà donc le nouveau Tarantino, ce film dont l’idée lui est venu depuis longtemps, ce film dont il a passé des années sur l’écriture. Après un Kill Bill ultra référencé mais sympathique, et un Boulevard de la Mort finalement ennuyeux au possible, on était en droit de s’attendre au pire comme au meilleur. Un retour à la magie de Pulp Fiction et Jackie Brown, ou un ratage. Finalement, Inglourious Basterds n’est ni l’un, ni l’autre. Encore une fois, le père Tarantino, après Kill Bill, n’a pas pu s’empêcher de découper son film en cinq chapitres, ce qui dans le fond, ne sert pas spécialement à grand chose, si ce n’est de repérer les passages excellents, et les moins bons. Les différents chapitres seront donc de qualité plus que variable, et comme on le sait, Tarantino aime les dialogues. Parfois, il les fait durer et fait monter la tension, comme dans Jackie Brown, parfois, il les fait durer dans le vide et cela ennui comme dans Boulevard de la Mort. Les deux cas seront donc ici. Le premier chapitre se déroule dans la France occupée de 1941, en pleine campagne. Et encore, l’appellation de chapitre est un peu exagérée, puis qu’il n’y aura qu’une seule scène réellement, mais durant une bonne vingtaine de minutes. Etrangement, cette scène sera l’une des meilleures de tout le métrage. De quoi bien commencer la projection. Tarantino nous y dévoile son meilleur atout avec le colonel SS. Landa, joué avec brio par Christoph Waltz. Avec ce personnage à la fois comique et cruel, Tarantino livre son personnage le plus intéressant du film, et peut être même le plus intéressant dans ces films depuis longtemps. Chargé d’éliminer les familles juives cachées en France, Landa rend visite à une famille dans ce premier chapitre pour un interrogatoire. Interrogatoire où Tarantino prendra un malin plaisir à étendre, à faire durer, pour faire monter progressivement la tension entre les différents personnages, non sans mettre quelques petites touches d’humour, et en faisant changer les personnages de langues à plusieurs reprises. Passé ce grand moment de cinéma, nous passons directement au chapitre 2, ce qui, dans un sens, au fur et à mesure des chapitres, va renforcer notre impression de ne regarder qu’un film de quelques scénettes, vaguement reliées entre elles, et dont le dernier chapitre permettra de tout réunir, les situations, les personnages.

Le chapitre 2 nous présentera enfin les fameux Basterds du titre. Ironiquement, nous les verrons assez peu à l’écran. Outre le chapitre 2 et le dernier chapitre, ils seront totalement absents des chapitres 1 et 3 et très peu présents dans le chapitre 4. Pire, sur tous les membres de cette équipe, seulement deux, voir trois seront mis en avant, on ne saura rien des autres, et ils ne feront que de la figuration. Ceci dit, cela n’enlève rien à la force de certaines de leurs scènes. Brad Pitt avec son accent du Tennessee s’en sort merveilleusement bien, tout comme Eli Roth avec son regard rempli de haine. Mais dés que le colonel Landa sera à l’écran avec eux, il leur vole entièrement la vedette. Le chapitre 2, assez violent, n’oubliera pas pour autant l’humour. On reconnaîtra par ailleurs Richard Sammel, que l’on a pu voir dans Casino Royale ou encore le premier OSS 117, déjà en officier nazi. Les acteurs s’amusent comme des fous, Tarantino nous tartine de quelques hommages, la musique de Morricone rend très bien et s’intègre à merveille aux scènes. Cependant, malgré quelques scènes sanglantes, quelques meurtres, Inglourious Basterds ne deviendra pas un film d’action pour autant. Tarantino reste Tarantino, et ce film n’échappera pas à la règle. Pour ainsi dire, le film n’aura que quelques minutes d’action, notamment dans sa dernière partie, ou très furtivement et rapidement expédiées dans les chapitres précédents. Enfin, jusque là, le film fonctionne plutôt très bien, les personnages et les situations sont installées, arrive alors le chapitre 3, axé sur le personnage de Shosanna, jouée par Mélanie Laurent. L’action se déroule à présent 4 ans après les événements du chapitre 1, à Paris. Shosanna est la gérante d’un cinéma, et par hasard, elle va finir par se faire draguer par un héro de guerre allemand, Fredrick Zoller. Ce chapitre, très bavard, captivera encore le spectateur grâce au talent des deux acteurs, et à la rencontre entre Shosanna et Hans Landa. Encore une scène forte et pleine de tension.

C’est là que le drame se produit, avec l’arrivée du chapitre 4, sur l’opération Kinox. Un chapitre qui, s’il contient son lot de bonnes idées, visuelles ou scénaristiques, se traîne vraiment beaucoup trop en longueur. Une scène en particulier retiendra notre attention, par sa durée inutile (une bonne vingtaine de minutes), où Tarantino se contente de faire... du Tarantino. Depuis Reservoir Dogs, on avait compris qu’il aimait les dialogues dans les bars, et il nous refait le coup à chaque film, sauf qu’ici, après Boulevard de la Mort, c’est encore de trop. La scène aura beau être intéressante surtout pour sa réflexion sur les accents allemands, rien n’y fait. Heureusement, Tarantino se lâche totalement dans le dernier chapitre de son film, en réunissant dans le même lieu, une salle de cinéma ses Basterds, mais également Christoph Waltz et Mélanie Laurent. Un grand moment, à la fois comique (la scène en Italien), jouissive par les réactions de Christoph Waltz et particulièrement sanglant dans ces dernières minutes, de quoi quitter la salle avec le sourire. Tarantino aura donc malgré tout réussi son coup, mais sourire ou pas, le film possède quelques longueurs gênantes au récit qui auraient pu facilement être supprimées. Les personnages parlent, les hommages fusent, mais pour un film qui aurait mis tant de temps à être fait, on attendait tout de même mieux. Reste un premier et un dernier chapitre tout à fait excellent, et de très bonnes scènes se baladant entre les deux.

NOTE: 14/20

En bref : Tarantino fait du Tarantino, c’est parfois très fun, très bien joué, très bien réalisé, mais parfois dieu que c’est long. Heureusement le film s’ouvre et se termine de manière magistrale.


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Hors d'atteinte
Titre original: Out of sight
1998 - Etats Unis
Sortie française le 2 Décembre 1998
Budget: 48 millions $
Genre: Policier
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: David Holmes
Scénario: Scott Frank d'après Elmore Leonard
Avec George Clooney, Jennifer Lopez, Ving Rhames, Dennis Farina et Don Cheadle

Jack Foley n'a pas son pareil pour braquer en douceur les banques. Malheureusement pour lui, il est poursuivi par la guigne et se retrouve condamné pour la troisième fois à une peine de prison. Alors qu'il a vent d'un projet d'évasion dans les rangs de prisonniers, il en profite pour se faire la malle, avec l'aide de l'un de ses complices en liberté, Buddy. Karen Sisco, une marshall, tente de s'interposer ; les deux hommes l'embarquent avec eux, Jack montant dans le coffre avec elle. Coincés dans ce lieu exigu, Jack et Karen font connaissance avant de, rapidement, tomber amoureux l'un de l'autre. Un jeu du chat et de la souris commence alors entre eux deux...

Au milieu des années 90, les bonnes adaptations d’Elmore Leonard sont nombreuses. En 1995 avec déjà Get Shorty, comédie policière avec Travolta, puis en 1996 avec Jackie Brown de Tarantino, son film le moins référencé (enfin en réalité, autant, mais plus subtilement que dans Kill Bill par exemple), et sans doute un de ses meilleurs. C’est en 1998 que débarque Hors d’atteinte, qui vaudra enfin à Soderbergh, après presque 10 ans d’ignorance de la part du public et des majors après la Palme d’Or (pour Sexe, mensonges et vidéo), la reconnaissance. D’ailleurs, sans que le spectateur lambda ne s’en aperçoive, les trois films sont liés. Hors d’atteinte est produit par Danny DeVito et Barry Sonnenfeld (le producteur et le réalisateur de Get Shorty), et se permet des caméos de Michael Keaton, qui reprend son rôle de Jackie Brown, et de Samuel L. Jackson et Dennis Farina. Budgété à 48 millions de dollars, Hors d’atteinte est également la première collaboration entre George Clooney et Steven Soderbergh, avant que ceux ci ne créent leur propre société par la suite, Section Eight, pour produire des films d’auteurs au sein d’un studio sans la pression des studios. Quoi qu’il en soit, c’est donc en 1998 que Soderbergh accède à un budget lui permettant plus de choses, et il s’en donne à cœur joie dans ce métrage, mettant toute sa maîtrise de la mise en scène au service d’une histoire au départ classique, mais qui se révélera au final savoureuse. Il nous propose de suivre Jack Foley, un braqueur de banque qui aime faire les choses en douceur, braquer sans arme, sans panique, sans prise d’otage, juste en discutant. Pour cela, il n’a pas son pareil, mais la chance malheureusement n’est pas toujours avec lui. C’est après un casse ingénieux et surtout improvisé en début de métrage qu’il se retrouvera en prison à cause d’une bête panne de voiture. Direction la prison, où il rencontrera toute une série de personnages : Buddy (Ving Rhames), Maurice (Don Cheadle),  Glenn (Steve Zahn) ou encore Chirino (Luis Guzman). Des personnages très différents, haut en couleur. Bien sur, Jack ne peut rester en prison et va s’évader, avec l’aide de Buddy et de Glenn.

Et comme toute évasion, rien ne se passera comme prévu, puisque Buddy et Jack seront obligés, pour prendre la fuite, d’emmener avec eux Karen Sisco, une marshall. C’est à partir de là que la mise en scène de Soderbergh, la construction du récit, le développement des personnages et également le charme des acteurs feront mouche. George Clooney dans le rôle de Jack est charmeur au possible (le personnage de braqueur charmeur pourrait être les prémices de Ocean’s eleven trois ans plus tard), et Jennifer Lopez prouve qu’elle peut parfois être une bonne actrice, ce qui n’arrivera pas souvent, il faut bien l’avouer (outre Hors d’atteinte, on pourra citer U-Turn de Oliver Stone réalisé l’année précédente). Les deux forment un couple parfait à l’écran, et leur romance improbable est tout à fait délicieuse. La caméra de Soderbergh filme avec brio cette romance, que ce soit dans un lieu exigu, comme le coffre d’une voiture ou des lieux plus classiques (bar, hôtel). Le film s’amuse à mélanger les différents genres, que ce soit le polar, la comédie, ou la romance pure, et c’est un véritable petit plaisir. Comme souvent, Soderbergh s’intéresse finalement bien plus aux personnages qu’au côté polar de son film (comme il le fera plus tard dans Solaris, où il s’intéressera avant tout à l’histoire d’amour plutôt qu’à l’aspect science fiction du métrage). Autant dire que c’était le bon choix, la romance ne tombe jamais dans la romance à l’eau de rose, mais est tout en finesse et subtilité, les personnages se cherchent, parfois se trouvent, mais finalement, tout les oppose. Karen doit coincer Jack, mais est bien évidemment attirée par lui. Jack prépare un nouveau coup à Détroit, et tous ses problèmes vont découler de là. Trahison, faux semblants, gestes héroïques (mais finalement tout simplement humains), attirance contre nature, la vie n’est pas facile pour Jack. Karen va envahir ses pensées autant qu’il va envahir les siennes.

Filmant le tout avec retenue et sobriété, Soderbergh se permet également quelques touches d’humour bienvenues, qui ne tombent jamais dans la facilité ou l’effet de trop. On retiendra le passage de l’hôtel, ou le FBI doit prendre Jack et Buddy par surprise dans leur chambre, Karen attendant dans le hall, et où les deux malfrats échapperont sans faire exprès au FBI en prenant l’ascenseur avec une vieille dame. Jack et Karen se croiseront de loin, et, bouche bée, se feront un signe de main. Ce genre de passages, nombreux dans le film, tout bête à l’écrit, deviennent tout simplement jouissifs à l’écran. On retiendra également le portait que fait Soderbergh de ses braqueurs, un peu ratés sur les bords, ne respectant pas beaucoup les autres. C’est là la magie du film, jusqu’à un final, dont on se doute un peu, mais qui captive tout de même, car nous sommes attachés à ces personnages, et le mélange humour romance et polar fonctionne toujours, jusqu’à la dernière image. Soderbergh signe sa première réussite à gros budget, un film de personnages et de situations. Même avec un budget élevé, il reste fidèle à lui même, et ne cède pas aux effets de styles de ce genre de métrages.

NOTE: 15/20

En bref : Une bien belle réussite, entre polar, romance et comédie, sans qu’un élément soit de trop. Clooney et Lopez sont parfaits, la mise en scène classe, le film jouissif.


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Sexe, mensonges et vidéo
Titre original: Sex, lies and videotape
1989 - Etats Unis
Sortie française le 4 Octobre 1989
Budget: 1,2 million $
Genre: Drame
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: Cliff Martinez
Scénario: Steven Soderbergh
Avec James Spader, Andie MacDowell, Peter Gallagher et Laura San Giacomo

Graham Dalton revient, après neuf ans d'absence, dans la ville de son adolescence. Il y est accueilli par son vieil ami John Millaney, qu'il n'a pas vu une seule fois depuis son départ. Celui-ci est marié à Ann, femme au foyer timide et réservée, et il la trompe avec sa propre sœur, Cynthia. Graham apparaît comme un être étrange et se lie d'amitié avec Ann. Celle-ci découvre un jour qu'il possède des dizaines de cassettes vidéo, chacune portant un nom féminin : Graham lui avoue que son hobbie est d'interviewer des femmes afin qu'elles lui racontent leurs expériences intimes...

En 1989, Soderbergh n’est pas encore le réalisateur que l’on connaît aujourd’hui. A l’époque, il signait son tout premier long métrage, un très petit budget (1,2 million) sur un sujet que les américains n’aiment pas trop traiter : le sexe. Motivé, armé d’une équipe technique qualifiée et d’acteurs bien connus depuis (James Spader, Andie MacDowell et  Peter Gallagher), le film fera sensation à sa sortie et repartira même avec la Palme d’Or. Le résultat est sans appel, Sexe mensonges et vidéo est un petit bijou, et reste encore aujourd’hui l’un des meilleurs films de son metteur en scène. Premier essai, premier coup de maître comme on dit. Encore aujourd’hui, grâce à une mise en scène ultra précise, le film n’a pas pris une ride. Comme le dit si bien le titre, le film va nous parler de sexe, mais surtout du sexe, de mensonges, et de vidéo. John Millaney, joué par Peter Gallagher, est un avocat, il vit avec Ann (MacDowell) qui a tout sauf une vie épanouie. Le principal problème du couple semble provenir de leurs rapports sexuels, ou plutôt de leur absence de rapports. Ann ne voit pas ce qu’il y a de si bien dans le sexe, et n’y prend à peine de plaisir, elle est d’ailleurs suivie par un thérapeute, à qui elle dévoile ses phobies, ses craintes, ses soucis. John lui, comme tout homme, aime le sexe, y pense beaucoup, et comme sa femme ne le comble pas, il va voir ailleurs. Et il n’ira pas très loin, couchant avec Cynthia, la sœur d’Ann. Leur petit monde de mensonges semble continuer sans que cela ne dérange personne, aucuns remords, aucune remise en question. Jusqu’à l’arrivée de Graham (James Spader), un ancien camarade de classe de John, qui a quitté la ville 9 ans plus tôt, laissant son passé derrière lui. Il va, au fur et à mesure de ses discutions avec Ann ou même Cynthia, bouleverser la vie amoureuse de ce petit trio, juste en les écoutant.

Car Graham à une grande passion, c’est de filmer les femmes avec sa caméra vidéo, en les interviewant pendant qu’elles parlent de leurs relations sexuelles passées, de leurs craintes, de leurs fantasmes. Elles se confient à lui. Et c’est bien là la première grande force du métrage, c’est de parler du sexe sans jamais le montrer, et sans tomber dans la facilité, loin de là. Le scénario et le cheminement des différents personnages s’avèrent très subtils et réfléchis. Le sexe est au cœur des soucis de tout le monde, Ann n’y prend aucun plaisir et ne veux plus faire l’amour avec son mari, qui, sans chercher la raison, la trompe avec sa sœur qui n’a aucun remord, puis qu’elle y prend du plaisir. Le sexe, le plaisir, l’absence de plaisir ou l’abstinence sont les différents thèmes traités dans le métrage. Graham est la dernière pièce du puzzle, puisque lui est impuissant en raison de certains soucis. Ann ne connaît pas le plaisir, John le trouve ailleurs, et Graham tente de le retrouver en filmant des femmes racontant leurs propres expériences. Et ce sont finalement ces différentes vidéos qui vont libérer les personnages, leur faire comprendre leur situation, les choses qu’ils ratent, ou qu’ils doivent faire. Le spectateur se retrouve à la place de Graham, voyeur, concerné par les témoignages de ces femmes, et c’est sans doute une autre des forces du métrage, mettre le spectateur tout en finesse en position de voyeurisme et développer quatre points de vues totalement différents de la sexualité, et les confronter. Soderbergh retentera d’ailleurs par la suite cette exploration de la caméra vidéo, avec bien entendu les avancées technologiques, dans son récent The Girlfriend Experience (ironiquement, ces passages seront les moins réussis du métrage en question). Bien entendu, pour que l’on y croie, il fallait une interprétation sans faille, le film se voulant avant tout dramatique et intimiste. C’est un sans faute de ce côté là, James Spader, primé à Cannes pour l’occasion, s’en sort à merveille, tout comme Andie MacDowell. Sexe, mensonges et vidéo n’en reste pas moins un film spécial, comme souvent avec Soderbergh lorsqu’il s’attaque à un petit budget intimiste.

C’est là qu’arrive la dernière pièce maitresse du film : son côté technique le rendant si spécial. La mise en scène de Soderbergh s’avère parfaite. Que ce soit au niveau des cadrages, souvent intelligents, prenant leurs temps, des travellings et zooms très lents forçant les personnages à se dévoiler, ou le travail sur la photographie et le montage, le film s’avère d’un très haut niveau technique. Le faible budget n’a certainement pas été une contrainte, ou du moins cela ne se ressent pas un seul instant. Le film baigne dans une ambiance particulière, mélangeant images vidéo et images cinéma, le montage (également de Soderbergh) va directement à l’essentiel, mais il y a définitivement autre chose qui parvient à créer cette ambiance si unique, et finalement, si jouissive. La musique, de Cliff Martinez (qui signa la musique d’autres films de Soderbergh, comme l’excellent Traffic ou le fascinant bien qu’un peu lent Solaris). Il signe une partition totalement hallucinante et fascinante, qui nous happe totalement. Vous l’avez compris, Sexe mensonges et vidéo n’est pas loin d’être un film parfait, et montrait déjà que Soderbergh avait un grand talent, bien qu’il aura fallut ensuite attendre Hors d’atteinte en 1998 pour qu’il refasse parler de lui et que les studios lui fassent totalement confiance en lui confiant de plus gros budgets. Un film psychologique avant tout, sur un sujet sérieux traité avec finesse. Un grand film.

NOTE: 18/20

En bref : Premier film, premier coup de maître. Soderbergh maîtrise sa mise en scène, les acteurs sont parfaits, et le film envoute par le traitement de la sexualité de ces 4 personnages.


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Demon Wind
1990 - Etats Unis
Genre: Horreur
Réalisation: Charles Philip Moore
Musique: Bruce Wallenstein
Scénario: Charles Philip Moore
Avec Eric Larson, Francine Lapensée, Rufus Norris et Jack Forcinito

Un groupe de jeunes s'en va séjourner dans une demeure autrefois habitée par l'ancêtre de l'un deux qui fut chasseur de satanistes. Tombant sur un vieux livre, les jeunes libèrent une armada de zombies prêts à tous les décimer en attendant l'arrivée imminente du fils du démon...

Demon Wind est un petit film d’horreur tourné au début des années 90, qui est passé inaperçu, est reste encore aujourd’hui assez difficile à trouver. Même l’édition zone 1 s’avère plutôt rare, et bien entendu, sans sous titres. Demon Wind fait-il parti de ces petits bijoux oubliés, ou bien sa rareté indiquerait-elle que le film soit d’une qualité exécrable. Et bien finalement, ni l’un, ni l’autre. Disons plutôt que le métrage en question est un patchwork des différentes influences du metteur en scène, également scénariste, et que quelques fois, ça fonctionne du tonnerre, il faut l’avouer. Et d’autres fois, ça tombe à plat. L’histoire en elle même est des plus simples, et les premiers instants présagent le meilleur. La musique d’ambiance est excellente, l’ambiance réussie, les effets spéciaux également, la mise en scène, typique des années 80 (alors que le métrage date de 1990) nous rend nostalgique. Passé cette introduction, le métrage renvoi encore une fois aux années 80, avec la présentation, pendant une bonne vingtaine de minutes, des personnages principaux. Ceux ci se donnent rendez vous dans une station service paumée, gérée par des personnages étranges ne cessant de les avertir qu’il ne faut aller plus loin. Cette présentation, bien qu’un poil trop longue, met dans le bain, comme les films de l’époque, et les personnages vont se rendre fatalement dans la demeure, car déjà, les personnages de ce genre de films ne prennent jamais en note les nombreux avertissements qu’on leur donne, et ensuite parce que sinon, il n’y aurait pas de film. Bien ancré dans son époque, le film va décoller une fois les personnages sur les lieux, une bâtisse réputée hantée appartenant au grand père du héro. La bâtisse est en ruine, des squelettes sont crucifiés à des croix dehors, et le plus étrange, bien que détruite et n’ayant plus tout ses murs, une fois à l’intérieur, la bâtisse est en parfait état.

Le scénario va intégrer plutôt intelligemment différents éléments pour faire de ce lieu un lieu hanté. La brume entoure la maison (on pense à Evil Dead), les personnages ne peuvent quitter cet endroit (les voitures refusent de démarrer, le grand classique), des démons font leurs apparitions (dont le maquillage fait grandement penser au Démons de Lamberto Bava) et nous aurons également droit à la découverte d’un grimoire et de deux dagues censées tuer les démons (on pense encore une fois à Evil Dead). Charles Philip Moore, le scénariste et réalisateur, connaît ses classiques, mais parfois grâce à une mise en scène subtile à faire passer la pilule et nous captive. Toute la première heure sera plutôt réussie, malgré certains défauts, comme de voir les personnages continuer de tirer sur les démons après avoir vu qu’ils se relevaient toujours et que ça n’avait aucun effet (peut être un clin d’œil à la fin de L’au-delà de Fulci, allez savoir). Le réalisateur parvient à poser une vraie ambiance, en plus de clin d’œil, et on ne s’ennuie pas. Les personnages sont bien entendus superficiels et peu développés, mais cela ne dérange pas. Sans parvenir à faire peur, le film, se transformant alors en huit clos, fera mourir tour à tour ses personnages, malheureusement souvent en hors champ, dans une ambiance excellente. Certaines scènes seront inventives au niveau de la mise en scène, même si l’on sent les choses arriver.

Mais dans sa dernière demi-heure, le film changera de ton, adoptant un ton plus musclé, avec le siège de la maison par les démons, avec quelques personnages armés à l’intérieur de la maison. On fera rapidement le lien avec certains films de Carpenter, mais l’hommage fonctionne, et l’ensemble trouve plutôt bien sa justification dans le scénario. C’est arrivé lors du final que le tout retombe à plat, le réalisateur voulant en faire trop, accélérant l’histoire, voulant en donner toujours plus, plus de démons, plus d’effets spéciaux, plus de rebondissements, et le petit film sympathique et sans envergure devient alors décevant. Non pas que les effets ou les rebondissements, bien que parfois grotesques (vers la fin, cela fait un peu penser, surtout au niveau du maquillage d’un personnage, à The Gate 2, réalisé deux ans après), soient ratés, mais l’histoire opère un tournant pas forcément bien venu, et rendant le final ennuyeux, alors que le réalisateur s’efforce d’en mettre et d’en montrer toujours plus, et c’est bien dommage. Demon Wind reste cependant un film très agréable à regarder, qui fera passer un très bon moment, et en fan de cinéma de genre, on peut toujours s’amuser à retrouver telle ou telle influence.

NOTE: 13/20

En bref : Un film de fan, une première partie bourrée d’influences aux grands films du genre, et une seconde donnant beaucoup plus d’action et tombant parfois à plat. Agréable grâce à son ambiance réussie.


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The Girlfriend Experience
2008 - Etats Unis
Genre: Drame
Réalisation: Steven Soderbergh
Musique: Ross Godfrey
Scénario: David Levien et Brian Koppelman
Avec Sasha Grey, Chris Santos, Peter Zizzo, Timothy J. Cox et Timothy Davis

Chelsea est call-girl de luxe à Manhattan. A ses clients, elle offre bien plus que de banales relations sexuelles : elle leur propose d'être pour eux la compagne d'un soir. Chelsea est convaincue de maîtriser sa vie. Son business marche bien, elle gagne 2000 dollars de l'heure et son petit ami accepte même sa manière de vivre. Mais quand on multiplie les rencontres, on ne sait jamais sur qui l'on va tomber...

Girlfriend experience est le nouveau film de Steven Soderbergh. Après sa saga des Ocean’s eleven (enfin, et twelve et thirteen), et son film en deux parties sur Che Guevara, il revient à un cinéma beaucoup plus personnel et avec beaucoup moins d’ampleur. Tourné avec une petite caméra numérique pour seulement 1,7 millions de dollars, Soderbergh s’entoure pour son film d’une équipe réduite, tourne à New York, et décide de mettre en relation deux thèmes, de manière plutôt expérimentale, qui pourra dérouter pas mal de spectateurs. Beaucoup de ses choix pourront dérouter d’ailleurs. Déjà, le tournage en numérique. S’il prouve qu’il maitrise parfaitement cette technologie, certains choix pourtant pourront surprendre, voir choquer. Dans le rôle principal de Chelsea, nous retrouvons Sasha Grey, actrice jusque là œuvrant dans le porno qui fait ses premiers pas dans un cinéma plus traditionnel. Pour l’histoire, Soderbergh traite de deux sujets, le premier étant bien sur les peines de cœur et autres soucis auxquels Chelsea se retrouve confrontée, et d’un autre côté, nous avons les récentes élections présidentielles aux Etats Unis, et la situation financière là-bas. Girlfriend Experience captive dés ses plans d’ouverture, si l’on parvient à rentrer dans l’ambiance visuelle et sonore spéciale  du métrage. Au départ simple, le film nous présente les deux personnages, Chelsea, gagnant beaucoup d’argent, voulant être la meilleure dans sa branche, attirante, sophistiquée, et son petit ami, entraineur sportif, gagnant plutôt bien sa vie également. Ensembles, ils vivent dans un très grand appartement, des règles sont fixées entre les deux. Le bonheur en quelque sorte. Mais très rapidement, le spectateur se rend compte que le film est un puzzle, morcelé. Les scènes s’enchainent dans un ordre non chronologique, et ce qui aurait pu gaver et faire peur dans ces premiers instants se révèle finalement envoutant, malgré quelques faiblesses par ci par là.

Soyons clair, en divisant son histoire en deux parties, en adoptant le point de vue de Chelsea, fréquentant des hommes riches qui ont des craintes face à l’économie actuelle du pays, et de son copain, fréquentant également ce genre de personnes mais ne faisant pas parti du même monde, le film ne parvient pas à garder la même puissance sur toute sa durée, et surtout, pas dans toutes ces scènes. Partant en week-end à Las Vegas, Chris, le petit ami, se met à fréquenter des personnes riches parlant des élections, et ces passages, pour la plupart filmés dans l’avion, s’avèrent très vite répétitifs, et la caméra, passant d’un personnage à l’autre, n’est pas convaincante, la luminosité changeant régulièrement lors du passage en face d’un hublot. Les passages où Chelsea, fréquentant comme clients le même genre de personnages, dialogue avec eux et écoute leur crainte comme s’ils étaient ses petits amis, s’avèrent bien plus convaincants et poignants. Le film perdra de sa force donc lors de ces passages, lors de ce voyage à Las Vegas, mais se rattrapera bien sur le reste, tant le personnage de Chelsea s’avère plus passionnant. Non pas que celui de Chris ne le soit pas, mais il prend vraiment de l’ampleur lorsqu’il se retrouvera en conflit avec sa copine. Au delà de ça, nous suivons donc les péripéties de Chelsea, entre son petit ami, ses riches clients, et un journaliste qu’elle rencontrera dans un restaurant. Durant quelques jours, Soderbergh s’attache à son personnage, et nous montre toutes les difficultés qu’elle devra surmonter dans ce genre de business, de la mise en page de son site internet, les clients qui demandent parfois des choses étranges, ceux auxquels elle peut s’attacher, et bien sur, Chris, avec qui elle sort depuis deux ans, qui respectent sa vie, mais qui impose pourtant ses limites. Au cours de ces cinq jours, la vie de Chelsea se retrouve bouleversée par pas mal d’événements, et devra y faire face, parfois en faisant de durs choix. Soderbergh prend beaucoup de distance avec ses personnages dans la mise en scène, beaucoup de dialogues seront filmés de loin, en caméra fixe et en long plan séquence, laissant les acteurs, souvent en improvisation, s’exprimer du mieux qu’ils le peuvent.

Une chose est sure, si Soderbergh parvient à réaliser un vrai film d’auteur, même si certains le catalogueront de confus et long, il parvient à toucher au but tout en restant neutre vis à vis de certains sujets, ce qui fait vraiment plaisir. Il traite son sujet avec une certaine simplicité, le scénario en lui même est simple, et c’est la mise en scène et le montage qui ramènent le plus le film vers un côté expérimental bienvenu. Arrivé à la fin de la séance, The Girlfriend Experience parait finalement bien rapide, 1h15 paradoxalement bien trop courtes, malgré quelques passages de trop, et l’on aurait aimé que Soderbergh continue quelque peu son histoire en se focalisant plus sur ses points forts. Mais, outre avoir vu un bon film, l’on ressortira de la séance convaincu de deux choses. La première, que Soderbergh peut faire autre chose que du cinéma commercial et tenter de faire, osons le mot, du cinéma plus intimiste et honnête. Qu’il connaît bien son boulot de metteur en scène, et le prouve une fois de plus avec l’utilisation de la HD, et marie tout cela à une bande son sublime de Ross Godfrey, tout en nuance, et ayant elle aussi quelque chose d’assez hypnotisant et convenant à merveille aux égarements des personnages. Et bien entendu, le film permet de faire exploser à l’écran le talent de Sasha Grey, actrice porno commençant une carrière plus classique cette année avec 3 films (outre ce film, il y a Smash Cut, un film d’horreur avec David Hess et Quit). Si elle ne mérite certes pas l’oscar de la meilleure actrice, elle fait preuve d’une très grand naturel face à la caméra et surtout nous prouve qu’elle peut faire quelque chose de totalement différent et avec beaucoup plus de subtilité. Aucun doute qu’elle reste une actrice à suivre.

NOTE: 15/20

En bref : Si le film n’est pas parfait et souffre de quelques scènes répétitives, il se révèle au final être une expérience réussie et inattendue, et une grande réussite visuellement, musicalement et au niveau de l’interprétation.


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Dark Floors
2008 - Finlande
Genre: Fantastique
Réalisation: Pete Riski
Musique: Ville Riippa
Scénario: Pekka Lehtosaari, Pete Riski et Lordi
Avec Lordi, Skye Bennett, Noah Huntley, William Hope et Dominique McElligott

Inquiet pour la santé de sa fille autiste, le père voit comme seule option un enlèvement de l'hôpital par la force. Une panne d'ascenseur empêche une sortie en douceur et les emprisonne avec d'autres. Pourtant l'incident est seulement le commencement d'une descente dans le cauchemar. Alors que les portes s'ouvrent, l'hôpital semble mystérieusement abandonné. Quand des corps mutilés sont trouvés, les créatures venant d'un monde obscur commencent une attaque effrayante. Il apparaît bientôt clairement que la survie du groupe repose seulement sur la petite fille...

Dark Floors ne possède pas une très bonne réputation, après être passé par divers festivals. En France, le film est toujours inédit. Dark Floors est le film du groupe Lordi, qui avait gagné l’eurovision en 2006. A première vue, Dark Floors s’annonce comme un film d’horreur, basant beaucoup sur son ambiance, et dans un sens, ayant quelques similitudes avec l’adaptation cinématographique de Silent Hill par Christophe Gans. Après la vision du métrage, c’est effectivement le cas, et c’est de là que le film de Pete Riski tirera sa plus grande force, mais également sa plus grande faiblesse, puisque le film va tout baser sur son ambiance et sa direction artistique, et laisser de côté le scénario et les personnages. Le tout débute de bien belle manière, les personnages nous sont présentés de manière très rapide et distincte après un court générique assez joli visuellement. L’intrigue débute au sein de l’hôpital, et jamais les personnages ne mettront les pieds en dehors. Sarah est une petite fille qui est autiste, elle doit rester à l’hôpital. Son père ne pense pas que ce soit la solution, et le soir venu, il décide de la faire sortir de là. Dans l’ascenseur, il se retrouvera bloqué, avec un agent de sécurité, un clochard, une infirmière et un homme d’affaire. Homme d’affaire interprété par William Hope, qui pour les connaisseurs jouait déjà dans un hôpital pour Hellraiser 2 en 1988, et deux ans plus tôt dans le Aliens de James Cameron. Des personnages tous différents, aux comportements forcément différents, mais au final, tous bien stéréotypés. A peine sortis de l’ascenseur, le film plonge dans le genre fantastique. L’hôpital est désert, ils sont au cinquième étage, et vont tenter de sortir de là, tout en comprenant ce qu’il se passe.

Malgré le petit budget du film (quasi 3 millions de dollars), la direction artistique du film est fabuleuse. Les différents décors de l’hôpital, devenant de plus en plus délabrés d’étages en étages, est sublime et raméne donc à Silent Hill. La mise en scène de Pete Riski est solide et parvient à mettre les décors tout comme les effets visuels du métrage en valeur. Jouant au début à fond la carte de l’ambiance et du mystère, jusqu’à la première apparition de fantômes. Les fantômes du film sont joués par Lordi et sa bande, et c’est là que le film perd pour la première fois en crédibilité. Non pas que les effets soient ratés, loin de là, mais alors que tout ce qui concernait les décors était très réussi et du plus bel effet, le choix du look des fantômes, pour coller à l’imagerie des membres du groupe Lordi, tombe à plat. Au fur et à mesure des différentes apparitions, on pourra même en rire, ce qui est bien dommage. La toute première apparition fera encore illusion, certaines beaucoup moins, comme lorsque l’un des monstres foncera sur le policier. Tout le monde se déroulera comme ça. Les personnages vont évoluer d’étages en étages pour tenter de sauver leur peau, mais aussi de sortir d’ici, voir l’hôpital se dégrader d’étage en étage, et toujours croiser un monstre. Les personnages, stéréotypés, vont tous réagir différemment face aux événements et à cette menace, qu’ils ne comprennent pas, comme nous, spectateurs, au départ. Nous aurons donc fatalement l’homme qui veut n’en faire qu’à sa tête, celui qui veut que tout le monde reste groupé, et le brave père qui ne pense qu’à la santé de sa fille.

Les personnages sont donc peu intéressants, et l’intrigue va se révéler bien trop rapidement, elle semblera même logique aux yeux de beaucoup de spectateurs, et en avançant, si le film conserve, c’est indéniable, ces nombreuses qualités visuelles, l’intérêt diminue. Les personnages, dont le nombre va, forcément, diminuer, vont petit à petit comprendre ce qu’il leur arrive, au fur et à mesure qu’ils vont descendre les étages, explorer l’hôpital, et croiser des fantômes. Assez rarement, la tension va monter, et lorsque le réalisateur y parviendra, quel bonheur. Tout cela aurait pu continuer jusqu’au final, où les survivants atteignent enfin le parking, mais ce ne sera pas le cas, le réalisateur et les scénaristes préférant embrouiller une dernière fois le spectateur avec quelques retournements de situations et quelques images, certes belles, mais peu utiles au récit. L’on sort quelque peu déçu de ce Dark Floors, même si l’on passe un bon moment, court (1h25 environ), pas prise de tête (sauf par moment dans le final) et visuellement magnifique. Dark Floors aurait pu être bien meilleur, mais les nombreuses faiblesses d’écriture, que ce soit dans la construction de son récit ou dans les réactions de certains personnages, fait revoir le verdict à la baisse. Dommage, mais pour un coup d’essai, ce n’est pas trop mal, et si un autre métrage doit suivre, l’on espère que l’équipe apprendra de ces erreurs et conservera ses qualités.

NOTE: 09/20

En bref : Un fort potentiel, une superbe ambiance, de supers décors, mais des personnages et un scénario peu convainquant, ainsi qu’un manque de surprise, font de Dark Floors un film juste sympathique.


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Le repaire du ver blanc
Titre original: Lair of the white worm
1988 - Angleterre
Genre: Vampires
Réalisation: Ken Russell
Musique: Stanislas Syrewicz
Scénario: Ken Russell d'après Bram Stoker
Avec Amanda Donohoe, Hugh Grant, Catherine Oxenberg, Peter Capaldi et Sammi Davis

Angus Flint, jeune archéologue, trouve dans son jardin le crâne d’une sorte de serpent géant. Le soir même, il rencontre Lord James d’Ampton, dont l’un des descendants extermina jadis, selon une légende, un ver géant, qui était vénéré par un culte bien avant l’apparition du christianisme. Mais ce culte existe toujours, dirigée par la comtesse Sylvia Marsh, une femme vampire/serpent.

Réalisé en 1988 avec un budget plutôt ridicule de 2,5 millions de dollars en Angleterre par un réalisateur autrefois culte, Le repaire du ver blanc, s’annonce, sur le papier, comme une variation sur le thème du vampirisme, l’histoire promettant quelque chose de totalement différent de ce que nous avions l’habitude de voir à l’époque. Mais à l’image, on ne sait pas vraiment comment qualifier le métrage. Vaste fumisterie, navet, nanar, film raté, chef d’œuvre incompris ? Surement pas le dernier choix en tout cas. Le début commence de manière traditionnelle. On pourrait même presque croire à un film totalement sérieux et maitrisé. Angus trouve dans le jardin de la pension où il est un crâne fossilisé. Si l’on retire quelques dialogues de sa copine, on pourrait être emballé. Car oui, dans l’ensemble, les dialogues du film ne volent pas très haut, et font souvent, très souvent même, sourire. En effet, la pauvre femme se demande, en voyant la crâne, s’il ne s’agît pas d’un crâne de vache, avant de penser plutôt à un dinosaure. Heureusement, le dialogue est court, les personnages doivent se rendre à une fête. Fête en l’honneur de la légende du ver géant qui fut coupé en deux par le seigneur d’Ampton 100 ans plus tôt. Et là, Hugh Grant, dans un de ses premiers rôles, débarque à l’écran. Malheureusement pour lui, son rôle, tout comme sa prestation, ne restera pas dans les anales du cinéma, ni du cinéma de genre. En fait, soyons rapidement clair, son personnage n’ajoute strictement rien à l’histoire, et à l’exception d’une scène sanglante et d’une scène amusante, son personnage ne sert strictement à rien, si ce n’est allonger la durée du métrage. Dit comme cela, la vision du Repaire du ver blanc n’a pas l’air très jouissive. Dialogues creux et souvent longs, personnages parfois inutiles, situations un brin ridicules. Mais c’est finalement de ce dernier élément que viendra les « qualités » (entre guillemets car tout est relatif) du métrage.

Ken Russell, en pleine déchéance artistique dans les années 80, se lâche totalement dans ce métrage lors de certaines scènes, et celles ci s’avèrent tellement « autres » que l’on regrette que tout le film ne soit pas mené au même rythme. Les 20 premières minutes n’ont absolument rien d’extraordinaires, on peut y admirer des dialogues parfois amusants, parfois très longs, des situations banales, des acteurs pas toujours au top, de la musique country et apprendre quel est le plat du coin. Passionnant ? Non, mais sans prévenir, le réalisateur se lâche totalement, avec maladresse certes, mais peu importe, budget ou pas, talent ou pas, il peut faire ce qu’il veut sur le film. Sylvia, la jeune comtesse du coin (souvent nue à l’écran, pour le plaisir des yeux), est en fait un vampire serpent (mais aussi vampire ver, suivez) et ira à la pension récupérer le fameux crâne, sans oublier en sortant de cracher (vomir) un liquide vert sur la croix du Christ. Nous l’avons compris, Ken Russell n’est pas religieux, il nous l’avait déjà montré par le passé. Ici, dans son histoire à peu près construite, quand quelqu’un touche ou est contaminé par le venin de Sylvia, il subit des visions atroces. Ces moments seront les plus grands morceaux de « bravoures » du métrage, tant ils iront loin dans le délire et le kitch. Russell ne recule devant rien, et tant mieux. Dans l’une de ses visions, nous verront le Christ sur sa croix, se faisant manger par un ver blanc géant, tandis que des nonnes se font violer par des légionnaires romains juste devant. Le tout avec des effets d’incrustations pour le moins spéciaux, certains diront ratés, mais cela ne donne-t-il pas du charme au métrage finalement ? Il est étonnant de voir ses incrustations totalement ratées et à côtés des effets de maquillages plutôt réussis. Quoi qu’il en soit, ses visions sont toujours similaires, et barrées. Outre cette scène, nous aurons droit à un personnage se faisant transpercer par Sylvia et d’autres vampires, portant des godes ceintures au bout bien pointus. Oui, Le repaire du ver blanc parle également souvent de sexe, parfois de manière tordues, comme dans une scène de rêve où Hugh Grant fantasme un combat entre deux hôtesses dans un avion, et que son érection se manifeste par un stylo rouge se levant. Aucun doute, Russell s’est amusé comme un petit fou à faire son film.

Ces visions et rêves ne sont pas les seuls moments de choix du métrage, heureusement, car sinon l’on s’ennuierait beaucoup sur une heure et demi. L’intrigue va avance, Hugh Grant partira en excursion avec sa copine, sa sœur et Angus afin de retrouver le père disparu de ses dames, et comprendront rapidement que la légende du ver blanc est véridique. Soyons clair, ces passages sont chiants, mais dés que Sylvia apparaît à l’écran, le spectacle change radicalement. Elle hypnotise ses proies, mord un jeune scout au pénis (si si, véridique), porte un gode ceinture, se peint la peau en bleu, est charmée telle un serpent par certaines musiques. Le film se transforme certes en vrai festival de n’importe quoi, mais cela permet finalement d’éviter le désastre, et rend même le film agréable, et sans cesse surprenant. Cela reste du Z, mais aux effets parfois bien foutus, totalement incohérent, et pourtant, toujours assumé. Mais, et le ver blanc dans tout ça ? Il faudra attendre les dernières minutes du métrage pour pouvoir l’apercevoir, mais on ne le regrettera pas, tant la scène en elle même est phénoménale, n’importe nawak, simpliste, et pas trop mal fichue encore une fois au niveau des effets de maquillages et des miniatures. Entre temps, Hugh Grant se balade toujours dans les grottes, à la recherche d’une solution, en vain. Comme si Russell, en plus de se moquer de la religion et de pas mal d’autres thèmes, se moquait même de ce que l’on n’attend du personnage principal d’une histoire. Le repaire du ver blanc, c’est tout cela, à la fois un gros bordel, un gros ratage, mais des scènes d’anthologies. Le film ne plaira pas à tout le monde, c’est certain.

NOTE: 09/20

En bref : Raté, kitch, dialogues parfois trop longs et inutiles, Le Repaire du Ver Blanc maintient pourtant l’intérêt pour l’amateur de curiosité grâce à quelques scènes d’anthologies.


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God's puzzle
Titre original: Kamisama no pazuru
2008 - Japon
Genre: Science fiction
Réalisation: Takashi Miike
Musique: Hikaru Ishikawa et Yuji Toriyama
Scénario: Masa Nakamura
Avec Hayato Ichihara et Mitsuki Tanimura

Deux jumeaux, l’un, Motokazu, part en Inde pour une quête initiatique, tandis que l’autre, Kiichi préfère le rock et les sushis aux cours, et se retrouve malgré tout à travailler avec une génie qui a inventée un générateur de particules pouvant créer un univers.

Présenté au marché du film à Cannes en 2008, God’s puzzle n’est pas le film le plus accessible de Takashi Miike, même si récemment, le bonhomme s’est tourné vers un cinéma plus commercial (La mort en ligne, the Great Yokai War, Crows Zero) tout en se permettant toujours quelques écarts (IZO) parfois même au sein de ces films les plus calmes. Pour God’s puzzle, c’est encore un cas à part. Doté d’un budget confortable permettant au film d’avoir de très bons effets visuels, Miike a la lourde tache de parler, pendant 2h10, d’énergie quantique, de la création de l’univers, de l’existence de dieu, d’amour de lycéens, de voyage initiatique, de comédie, de sushis et de rock. Directement, Miike se met à dos ceux qui n’aiment pas le cinéma asiatique, ceux qui n’aiment pas la science et la physique, ceux qui ne sont pas curieux, et ceux qui n’aiment pas son cinéma en général. Et avec sa multitude de thèmes, on pouvait s’attendre à un ratage total. Si God’s puzzle n’est pas une franche réussite, il n’est pas le ratage total auquel l’on pouvait s’attendre. Malgré une introduction présageant le meilleur pour la suite (un journal télévisé nous montrant le travail de Saraka, une jeune surdouée ayant créé un accélérateur de particule, suivi de la présentation des deux jumeaux), le film se traîne en longueur lors de la première heure. On a l’impression de se retrouver réellement devant un cours de physique. Les personnages parlent, débâtent, la création de l’univers nous est expliqué par des termes parfois simples, parfois scientifiques, et l’on ne comprend pas vraiment l’intérêt. Malgré quelques idées visuelles comme seul Miike aurait pu les trouver (avec l’apparition de bouton et une sourie cliquant dessus pour nous expliquer certains détails de l’histoire ou des personnages), il filme ses personnages très simplement, et les quelques notes d’humour ne suffiront pas pour que le film nous intéresse pleinement. Heureusement, Hayato Ichihara, qui joue les deux frères jumeaux, s’en sort à merveille. On croit dur comme fer à son personnage totalement paumé qui ne capte pas grand chose à toutes ces informations qui lui arrivent dessus en même temps que nous. Mitsuki Tanimura, jouant Saraka la surdouée, nous fait croire également à son personnage, renfermée sur elle même, seule, qui ne peux connaître l’amour. Deux personnages intéressants dont la relation va évoluer au fur et à mesure, malgré une certaine distance toujours de la part de Saraka.

Si la première heure fonctionne malgré tout, c’est bel et bien grâce aux deux personnages principaux. Les autres, secondaires, n’apporteront pas grand chose, outre quelques éléments comiques ou embrouilles entre les personnages, qui ne feront pas avancer des masses le récit. Pire, le film nous montrera de temps en temps Motokazu lors de son périple en Inde, et cela ne sert strictement à rien, et ralenti le rythme de l’intrigue principale. Encore une fois, Miike fait ce dont on n’attend pas de lui, parfois en maintenant l’intérêt et en nous surprenant vraiment, parfois dans le mauvais sens du terme. God’s Puzzle malheureusement compile les deux cas de figure, et le film devient donc en quelque sorte déséquilibré. La première partie sera rapidement gonflante finalement, et passé la première heure, le scénario laisse un peu les explications de côté pour s’axer pendant une petite demi-heure sur les personnages. Bien que classique, cette partie sera attachante, les deux personnages apprennent à se connaître, et sans le vouloir, des liens vont se créer. Embrouilles, discutions en tout genre, une amitié très forte va pourtant naitre entre les deux, malgré leurs différences. Saraka va pourtant vite s’éloigner de son personnage de génie pour devenir une femme pessimiste ne pourchassant qu’un seul but, et qui sera prête à tout pour l’atteindre. Allant jusqu’à faire des bêtises pouvant mettre le monde mais aussi sa propre vie en péril. C’est dans la dernière demi-heure que le film change radicalement de ton, et réveille les spectateurs qui se seraient endormis jusque là.

Cette dernière partie, malheureusement trop courte, sera l’opposé de tout ce qui a précédé. Finit les longs débats sur la création de l’univers, l’existence ou non de Dieu, nous n’aurons pas les réponses. Pour cette partie, place aux effets spéciaux (de luxe), des personnages en crises (Miike fait apparaître Kenichi Endo, que l’on a vu dans pas mal de ses métrages depuis 2001) et à quelques délires dont Miike à le secret. Les personnages résistent à tout, traversent des murs en voiture, sautent sur les doigts, font des reprises de Beethoven à la guitare électrique en situation de crise (un des meilleurs moments, jouissif) et proposent des sushis. Pour certains, du grand n’importe quoi en contradiction avec ce qui précédait, pour les autres, un petit moment de bonheur rattrapant les erreurs du début, mais qui arrive quand même tardivement. Si les deux personnages principaux sont bien définis, le film très bien réalisé, les effets spéciaux à la hauteur des ambitions du film, on regrettera longtemps son scénario trop explicatif, ses quelques séquences inutiles. Quelques personnages ainsi qu’une demi-heure en moins auraient fortement joué en la faveur du film. God’s puzzle ne figure donc pas parmi les meilleurs films de Miike, pourtant, c’est bien à ses fans que le film s’adresse, les autres trouveront probablement le film long, chiant, ou trop délirant sur la fin. Pas facile d’accès.

NOTE: 08/20

En bref : Décevant. Le film se traine en longueur au départ avant de dévoiler enfin ses personnages, et de devenir divertissant. Pas totalement mauvais non plus, juste décevant.


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Catacombes
Titre original: Catacombs
2007 - Etats Unis
Genre: Horreur
Réalisation: David Elliot et Tomm Coker
Musique: Hybrid et Yoshiki Yayashi
Scénario: David Elliot et Tomm Coker
Avec Shannyn Sossamon, Pink, Emil Hostina, Sandi Dragoi et Mihai Stanescu

Une jeune touriste américaine de passage à Paris se retrouve invitée dans une soirée se déroulant dans les catacombes. Une fois sur place, elle perd de vue les joyeux fêtards et craint d'être poursuivie par quelque chose qu'elle ne parvient à discerner dans l'obscurité.

Les producteurs de Saw nous livrent un nouveau film. Pourquoi pas, même si comme accroche, c’est plutôt moyen. En regardant de plus près, on se dit pourquoi pas. Un film d’horreur, un huit clos à l’intérieur des catacombes de Paris avec Shannyn Sossamon (Les lois de l’attraction), voilà qui promet d’être intéressant. Mais malheureusement, les apparences sont trompeuses, très trompeuses, puisque Catacombes ne s’avère être qu’une sombre bouse. Le genre de film qui nous ferait regretter la saga Vendredi 13, aussi inégale soit-elle, alors que les deux réalisateurs avaient toutes les cartes en main pour fournir un véritable film de trouille. Mais non, que nenni. On s’en rendra compte dés le générique, nous montrant une jeune femme perdue dans les catacombes, tandis que des jeunes font la fête non loin de là (oui, les catacombes de paris sont maintenant des lieux pour faire la fête). Réalisation et montage épileptique au possible, actions incompréhensibles, musique bruyante et détestable. Ce petit prologue ne donne guère envie d’aller plus loin. Mais pourtant, on veut croire qu’après avoir posé ses personnages et une intrigue, les deux réalisateurs, également scénaristes, parviendront à poser une véritable ambiance dans ce lieu lugubre. Nous avions encore une fois tort. Victoria (Shannyn Sossamon donc, fidèle à elle même) arrive à Paris pour rendre visite à sa sœur Carolyn (la chanteuse Pink) qui habite là. Là le film effleure un peu trop souvent son sujet, malgré de bonnes idées. Victoria ne connaît pas la langue, et très renfermée sur elle même, et ainsi, lorsqu’elle est privée de sa sœur, elle vit mal les choses, observe, s’imagine même des choses improbables. Même si les deux réalisateurs filment Paris de manière bien trop clipée, et donc, épuisante pour les yeux, ils parviennent à livrer quelques visions d’horreur assez plaisantes dans l’appartement de Carolyn.

Passé quelques scènes peu passionnantes dans les rues de Paris, les deux personnages se retrouvent enfin dans les catacombes, pour participer à une soirée organisée par Jean Michel. L’occasion de nous refournir pendant quelques temps un montage épileptique et de nous présenter quelques nouveaux personnages, qu’on ne verra pas plus de dix minutes à l’écran. C’est là que le cœur du film va se dévoiler, lorsque Jean Michel expliquera la légende d’un homme portant une tête de bouc et tuant quiconque se perd dans les catacombes. Cette petite histoire sera racontée avec quelques images rappelant les plus grands tics de mise en scène de la saga des Saw, sans jamais n’avoir le même effet. Ce qui n’était sans doute pas le but recherché. Passé cela, Victoria se retrouve, seule, perdue, dans le noir quasi intégral des catacombes de Paris, et bien entendu, poursuivie par le monstre de la légende. Le lieu de l’action était propice à de multiples sursauts, à une ambiance glauque et malsaine. Pourtant deux, les réalisateurs ne parviendront jamais à faire ressortir la moindre émotion, la moindre once de peur. Ils livrent un banal film de couloirs, long, ennuyeux, répétitif, et même pas sanglant. Là où dans un registre totalement différent, Lynch parvient à nous faire frissonner ou nous mettre mal à l’aise en filmant des couloirs vides de Twin Peaks à INLAND EMPIRE, Tomm Coker et David Elliot filment simplement le vide, sans émotions, sans ambitions, et le résultat final en devient chiant. Victoria avance dans un couloir, puis un autre, ou peut être le même, ils se ressemblent tous après tout. Elle a peur, elle trébuche, trouve une lampe, continue, trébuche à nouveau, et ainsi de suite. Pendant une heure et demi, le temps nous semble long, surtout que le tout est filmé parfois en très longs plans, comme une caméra fixe filmant Victoria s’éloignant au fond du couloir dans l’obscurité… Passionnant. C’est là que le tueur à tête de bouc refera surface.

Comme pour éviter que l’on s’ennuie, le tueur fera son apparition plusieurs fois (bon ok, en vérité, deux fois, un peu short sur 1h30 de film…), et dans son aventure, Victoria découvrira qu’elle n’est pas la seule à être bloquée ici, il y a un homme, ne parlant que français (mais pour un français, il a quand même un sacrément grand accent anglais…). Mais tout cela reste bien ennuyeux, entre deux personnes ne se comprenant pas et ne faisant qu’avancer (Catacombes est vraiment un film de couloirs vides et sans âme), et un tueur pourchassant sa proie. Dans les scènes de poursuite, la caméra s’en donnera à cœur joie pour bouger dans tous les sens, pour rendre l’action illisible, déjà que la luminosité n’est pas grande (l’éclairage à la lampe torche, en course poursuite dans des petits couloirs, c’est assez limité). Rien ne semble vouloir sauver Catacombes, même pas son final, pourtant surprenant, mais tombant comme un cheveu dans la soupe, finissant de rendre le film indigeste bien que nous gratifiant de quelques giclées de sang bien timide qui se seront fait attendre. Bref, les catacombes de l’ennui. Même le talent de Shannyn Sossamon ne sauvera pas le film.

NOTE: 02/20

En bref: Shannyn Sossamon marche, trébuche, reprend sa lampe, court, sursaute, trébuche. Le spectateur, lui, baille.


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S. Darko
2009 - Etats Unis
Genre: Fantastique
Réalisation: Chris Fisher
Musique: Ed Harcourt
Scénario: Nathan Atkins
Avec Daveigh Chase, Elizabeth Berkley, Matthew Davis, Briana Evigan et John Hawkes

Samantha, la sœur de Donnie Darko, fuit la ville avec sa meilleure amie Trudy, 7 ans après les événements du premier film. Mais sur la route, elle est prise de visions étranges...

Une suite à Donnie Darko, chef d’œuvre unique, était-elle nécessaire ? Absolument pas ! Donnie Darko est un film qui fonctionne seul, la boucle a été bouclée à la fin du métrage. Bide lors de sa sortie en salle malgré d’excellentes critiques, le film s’est bâti rapidement une réputation, jusqu’à voir l’arrivée dans certains pays d’une édition Director’s cut. Un phénomène est né, Donnie Darko est devenu culte, grâce à l’intelligence de son scénario, de sa mise en scène, et ses thèmes qui peuvent toucher beaucoup de monde : le destin, la peur de l’avenir, la quête du bonheur. Mais le malheur arriva, avec l’annonce d’une suite pour le marché de la vidéo, mettant en scène la petite sœur de Donnie, Samantha. Puis la bande annonce tomba, et outre le fait que le film est inutile, le produit avait l’air de très mauvaise qualité. Aujourd’hui, le 12 Mai, le film débarque en dvd en Amérique. Il est à présent possible de se faire une idée en regardant le produit terminé. Et si l’on commence sa vision en se disant que nous sommes devant une merde pour la vidéo (avec pourtant un budget 3 fois supérieur à l’original…), on va tout de même tenter de rester objectif. Pourtant, en quinze minutes, nous avons l’impression de nous retrouver non pas devant une suite, mais bel et bien un remake du premier film. Samantha Darko (toujours jouée par Daveigh Chase) se tape un voyage avec sa meilleure amie, en voiture, et elles tombent en panne. Un jeune homme bien gentil s’arrête (surement attiré par le fait qu’il s’agît de deux jolies jeunes femmes) et les amène à la ville la plus proche. Jusque là, la seule chose qui nous traverse l’esprit, c’est : Pourquoi ? Tout cela ne sert à rien. Certes, mais bon, c’est passé la dixième minute que débarque la première nuit de Sam. Et là, le scénariste tout comme le réalisateur vont s’amuser, en un temps record, à user et abuser de tout ce qui faisait la force originale de Donnie Darko, premier du nom. Des plans sur le ciel en accéléré (ne servant à rien), l’insertion de la date à l’écran, une nouvelle annonce de fin du monde (dans 3 jours seulement), le passage temporel (celui dans lequel tombait le réacteur de l’avion dans le premier) et même la sorte de mur liquide qui était entre Donnie et Franck dans le premier est repris. Pire, le film, par manque d’imagination, recopiera les situations. Outre une nouvelle annonce de fin du monde, Sam est somnambule et fais également des rêves étranges, comme son frère à l’époque, et la chute du réacteur est remplacée par la chute d’une météorite. Le constat est donc affligeant jusque là, si ce n’est deux petits éléments que l’on pourra sauver. D’une part, la réalisation, bien que se calquant bien trop sur celle de Richard Kelly, est efficace et met bien en avant la qualité des effets visuels (enfin à certains moments), et d’autre part, la musique du film s’avère être de très bonne qualité.

Mais la suite de cette aventure (pas dans le même sens du terme que le premier film) sera d’un niveau bien pire, puisque continuant en permanence à copier l’original, tout en cherchant à faire plus compliqué pour pas grand chose, et à utiliser jusqu’à la moelle tous les effets. Ainsi, outre le personnage de Sam comme lien avec le premier opus (qui nous dévoilera lors d’un dialogue que sa sœur est maintenant mariée), le film cherche à compliquer plus la situation avec un personnage masculin, Justin (qui a un lien de parenté avec… Roberta Sparow, celle qui avait écrit le livre « La philosophie du voyage dans le temps ») qui sera sauvé au début du film par nul autre que Sam elle même, lors de séquences oniriques. A vouloir compliquer l’histoire et la rendre plus dense, S. Darko se planta lamentablement, puisque copiant sans vergogne l’original, rendant ainsi tout prévisible. Sam sauve Justin, donc Sam a le rôle de Franck du premier opus, Sam va donc forcément mourir, et Justin devra faire un choix. Pire, là où seul Donnie Darko pouvait voir Franck, ce qui rendait son destin et l’intrigue intéressante et captivante, ici, Sam verra des choses étranges, Justin verra Sam, mais Trudy, l’amie de Sam verra également des choses, aura l’occasion de revenir dans le temps, de faire des choix. Le film accumule ce qui faisait la force du premier film, sans pour autant sortir son épingle du jeu, puisque le spectateur connaissant tous ces éléments en voit déjà l’aboutissement, et donc l’inutilité du film. Mais ce n’est pas la même erreur du film, qui reprend sur toute sa durée (1h42) tous les éléments du premier opus. Ainsi, il ne sera pas étonnant de voir Sam débarquer dans une soirée où la caméra évoluera parmi les personnages en utilisant accélérés, ralentis, et même une petite fille sur un trampoline… Le jeu des 7 erreurs avec l’original s’installe, et les quelques nouveautés, inutiles, passent inaperçues. En voulant que les événements fantastiques arrivent aux trois personnages principaux (voir plus), aucun n’est vraiment développé, aucun n’est vraiment attachant, et les motivations de chacun deviennent floues et peu crédibles (tout comme la raison poussant à faire un tel film). Le film avance, et nous retrouvons tous les thèmes, scènes fortes et même dialogues du premier film. Très rapidement, nous aurons droit à la reprise du « Burn it to the ground », mais cette fois ci c’est une église qui prend feu (avec quelques effets de flammes numériques effroyables). Mais S. Darko ira plus loin pour montrer son lien de parenté, en reprenant également les fameux « Wake up, come closer », en reprenant le poème écrit par Sam dans le premier film, le livre sur les  voyages dans le temps, mais également une phrase de Franck détournée devenant : « Why are you looking at me so funny ? », avec évidemment beaucoup moins d’impact.

Les 45 premières minutes seront sans grande surprise, si ce n’est peut être deux petites scènes assez étonnantes par leur choix. La première ne servira bien évidemment à rien, si ce n’est à encore piller toute l’imagination de Richard Kelly, avec la création d’un masque de lapin beaucoup moins flippant que celui du premier film. La deuxième surprise, bien que ne servant pas à grand chose non plus, fera mourir un personnage important. Cela aura un but dans l’histoire, mais outre le fait d’abuser (encore une fois) des possibilités des retours dans le temps, les enjeux dramatiques de telles scènes ne fonctionnent absolument pas. Même avec toute la volonté du monde, S. Darko n’est finalement que le film auquel on s’attendait, un film vide, inutile, peu palpitant, qui sous ses faux airs de suite complexe, ne s’avère qu’un remake maladroit et irrespectueux. Les scènes n’ont aucun impact, et encore moins en comparaison du film original, et le film n’a aucune âme. Là où un tel film est censé parler de personnages, d’un sacrifice, d’un choix moral, ces données sont là, mais elles ont autant d’impact sur le spectateur que sur les personnages, creux et inutiles. Le film veut tout multiplier, se permettant deux retour dans le temps (et donc, vous l’avez deviné, deux sacrifices). La qualité relative de la mise en scène (impersonnelle) et de la musique (par moment vraiment géniale) ne sauve en rien le navire. Dans cette bouillie indigeste, sans enjeux dramatiques, incohérent par rapport à Donnie Darko (mais lui donnant encore plus de magie et confirmant son statut de film culte et de chef d’œuvre), une scène retiendra pourtant l’attention. Celle du cinéma (comme dans le premier tien, encore), où Sam, guidée par Phil, un homme d’église, essaye de visualiser son futur sur l’écran de cinéma, et ne parviendra qu’à visualiser son passé. Donnie Darko était un film sensible, humain, S. Darko est l’inverse, un film fait pour l’argent, sans talent, tout sauf sensible et humain.

NOTE: 01/20

En bref: Copie du premier film, l’émotion, les sentiments et l’intelligence en moins. En usant et abusant de tout ce qui rendait le premier unique, S. Darko est une suite (remake) gerbant au possible, aberrante et sans intérêt. A fuir.

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